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En Anglais


JEAN LATOURRETTE,LE DEPART D’OSSE EN 1685: POURQUOI ET COMMENT?

par John E. La Tourette, Ph. D.,
President Emeritus, Northern Illinois University
  PREFACE

Je suis endetté envers deux "cousins" éloignés, Jean-Luc Bilhou-Nabera de Paris et d'Osse-en-Aspe et Frère Victor-Antoine d'Avila-Latourrette de Millbrook, dans l'état de New York, pour des informations de grande valeur sur l'histoire de la famille Latourrette à Osse-en-Aspe.

Dans ce texte, je m'intéresse principalement aux raisons pour lesquelles Jean Latourrette est parti d'Osse en 1685 et je retrace son périple vers l'Amérique, laissant l'histoire et la généalogie de la famille ainsi que le cadre historique d'Osse à la recherche extensive d'un érudit beaucoup plus qualifié sur ces sujets, Jean-Luc Bilhou-Nabera. Tout en respectant cette séparation d'érudition, je m'inspire uniquement de travaux bien connus en français tels que "Le Béarn Protestant" d'Alfred Cadier et les registres du Temple d'Osse, auxquels j'ai ajouté mes observations personnelles lors de mes visites à Osse. La plupart des sources citées ici sont tirées d'auteurs anglais ou américains. Certaines de mes sources peuvent aussi être des sources qui n'étaient pas connues de ces auteurs, ne furent pas explorées à fond, certaines furent mal interprètées par Lyman E. Latourette dans ses "Annales des Latourrette en Amérique" ou par Mme Verna Jacob. Les notes et correspondances de cette dernière furent circulées parmi de nombreux descendants de Jean Latourrette en Amérique dans les années 1950 et 1960, y compris sa "Compilation" de 1965. Jean-Luc Bilhou-Nabera, cependant, contribua une perception importante, qui aida à éclaircir l'énigme de savoir pourquoi Jean a quitté Osse. C’est sur ce point seulement que je me permets de déborder un peu de la ligne de séparation d'érudition dont je parle plus haut, anticipant que l'histoire complète sera éventuellement publiée par lui.

Dans ce texte j'épelle le nom Latourrette comme il l'était et continue de l'être à Osse-en-Aspe. Aussi, contrairement à ce que l'on peut vérifier dans les "Registres" publiques de la French Church de New York, Jean signait son nom "La Tourrette" sur les documents originaux, de plusieurs baptèmes et de son mariage, le 16 Juillet 1693, que j'ai moi-même examinés à l'église. (Des copies de ses signatures sont reproduites en fin de texte). J'utilise aussi Peiret plutôt que Peyret pour le nom de famille du Pasteur qui s'enfuit d'Osse en 1685. Cadier remarqua qu'il épelait généralement son nom "Peyret" mais le signait "Peiret" (Voir p.203). Rev. Alfred V. Wittmeyer (Introduction courte aux "Registres" notée dans la Bibliographie) signala aussi que le nom était épelé de plusieurs façons différentes en Amérique. "En plus de la forme "Peiret", qui est sans doute la forme ordinaire, on trouve aussi Pairet, Payret et Perret." Il semble également que son fils Pierre, venu avec lui en Amérique, l'aurait raccourcit en Perit. (Charles W. Baird, "l'Emigration des Huguenots en Amérique," Vol. II, p. 330)

Ce récit est basé sur des témoignages nouveaux du voyage de Jean Latourrette d'Osse à l’Amérique. Il entreprend de relier les points relevés par ces observations, mais, dans sa nature, il n'est toujours constitué que de faits vérifiés, d'une part et de faits circonstanciels, d'autre part. Il faudrait davantage de recherche pour l'authentifier complètement. Cependant, l'évidence est suffisamment forte pour corriger un nombre d'erreurs et d'hypothèses sans fondement trouvées dans les "Annales" de Lyman Latourette et les notes de Mme Jacob. Néanmoins, l'on doit reconnaître leurs contributions substantielles à ce que l'on sait maintenant des Latourrette en Amérique, depuis l'arrivée de Jean à New York.

Les références citées ici et dans le texte qui suit sont données dans la Bibliographie attachée.

JEAN LATOURRETTE ET PASTEUR PEIRET D'OSSE

Ceci est l'histoire du Pasteur Pierre Peiret de Pontacq, ministre protestant à Osse, dans le Béarn, de 1677 à 1685, et de Jean Latourrette, fils d'une famille de notables de la communauté d'Osse.

Est-ce une simple coïncidence que seuls Pierre Peyret, sa famille, et Jean Latourrette semblent avoir quitté Osse à peu près au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes en 1685? Ou bien y-a-t-il un lien entre eux qui n'avait pas été établi auparavant? Comme le notèrent Charles W. Baird, "Emigration des Huguenots en Amérique" (Vol. II p. 147, ft 2) et Alfred Cadier, "Le Béarn Protestant" (p. 202, ft 3) on les retrouvera tous plus tard à New York, où Peiret établira un ministère très prospère et, un an après son arrivée, bâtira la première église de la ville à l'usage exclusif des réfugiés protestants français. Il est évident qu’en tant que ministre qui avait refusé d'abjurer Peiret était marqué pour les galères ou même la mort, étant donné ses circonstances en 1685 (l'Article IV de la Révocation de l'Edit de Nantes et son arrestation sous l'Article II sont expliqués plus loin). Sa femme et ses enfants (à l'époque environ 18 mois et 5 ans) auraient au minimum été abandonnés sans support financier. Sous les provisions de l'Article X de la Révocation, il est même possible que l'épouse aurait pu être sujette à "emprisonnement et confiscation".

Jon Butler cita Samuel Mours pour constater que presque la moitié des ministres protestants du Béarn (16 sur 34) abjurèrent ("Les Huguenots en Amérique", p.22). Apparemment, d'autres ministres furent capables de négocier un passage libre avant ou au moment de la Révocation. Par exemple, Jean Laplacette, ministre à Nay et connu en tant que "Nicolas des Protestants", un des pasteurs les mieux renommés du Béarn, partit pour Paris en Mars 1685, plusieurs mois avant la Révocation de l'Edit de Nantes, à cause de la répression de l'intendant Foucault. Il a été rapporté que Foucault, discuté en détail plus bas, était très mécontent que Laplacette ait été capable de vendre sa propriété et de lui glisser entre les doigts sans abjurer ni lui abandonner ses biens. A Paris, Laplacette obtint un passeport pour quitter le royaume. Il resta un an à Berlin avec Frédéric Guillaume. Il fut ensuite invité à Copenhague en 1686 pour y établir un Temple Français avec le soutien de la Reine Charlotte Amélie, qui, elle-même une Calviniste, avait souffert de la répression en France. Laplacette, né le 19 Janvier 1639, était le fils de Noë, le ministre de Pontacq. Ainsi, Laplacette, dans le Pastorat Protestant du Béarn, était un contemporain de Peiret, lui aussi né à Pontacq vers 1644 selon les registres de New York qui disent qu'il avait 60 ans au moment de sa mort, le 1er Septembre 1704. Ceci peut aussi expliquer pourquoi Jean Latourrette envisageait un voyage de Londres au Danemark, au nom de Peiret en fin 1686 ou au début 1687, avant qu'ils décident d'aller en Amérique. Le départ de Nay de Laplacette et ses expériences au Danemark sont racontés par H. Charles Weiss dans son "Histoire des Réfugiés Protestants Français, de la Révocation de l'Edit de Nantes à nos Jours" (voir Vol. II, Book VII, Ch.1, pp. 242-6).

Un autre ministre que l'on pourrait mentioner est Pasteur Mauzy (ou Mausy) dont le départ de France fut documenté par James Fontaine dans "Les Mémoires d'une Famille Huguenote". Heureusement Fontaine et sa famille furent capables d'embarquer sur un navire Anglais, dont le capitaine avait accepté de les laisser monter à bord après avoir dépassé le port de La Tremblade, le 1er Décembre 1685, d'après le récit de Fontaine. Cependant, avant que les Fontaine furent capables d'aborder, le navire avait été arrêté et fouillé par une frégate française. Nous prenons l'histoire de Fontaine en cours à ce point. La frégate "jeta l'ancre, ordonna au vaisseau anglais d'en faire de même, l'aborda, et fouilla chaque coin et recoin, sans trouver aucun protestant français à bord, sauf Mr. Mausy, le ministre, dont le départ avait été autorisé légalement, et sa famille qui l'accompagnait était munie de passeports. Quelle bénédiction que nous n'étions pas à bord à ce moment-là!" (voir Fontaine, p. 111). Ceci est une histoire intéressante parce que Mauzy était ministre à Osse de 1667 à 1671 (voir la liste des pasteurs du Temple d'Osse, et Cadier, pp. 143-4). Selon le récit de Fontaine sur les passeports de la famille Mauzy, il semble que Mauzy aurait été capable de négocier avec des représentants du Roi une décharge lègale pour quitter le pays. Il partit avec sa famille plus d'un mois après la Révocation, alors même que la Révocation disait clairement que les pasteurs qui refusaient d'abjurer n'avaient que deux semaines pour partir. Il est évident que Mauzy n'était pas considèré par le Roi comme une aussi grande menace que Peiret en termes de son influence comme on le verra plus loin.

Etant donné le charactère de l'homme que nous décrivons et son refus d'abjurer aussi tard que le 2 Septembre 1685, il est clair que Peiret n'était pas en position de négocier un départ légal de France. Il apparait donc qu'il lui fallait fuir Osse avec sa famille. S'il les avait laissés en arrière ils auraient fait face à un futur incertain et difficile, incluant l'emprisonnement presque certain de son épouse.

En fait, telle qu'elle est décrite par Cadier (voir l'"Intendant Foucault en Béarn", pp.185-198), la situation de Peiret était même encore plus précaire. On apprend de lui que Peiret avait été arrêté en Novembre 1684 pour violation des ordres de Louis XIV "pour avoir prêché dans des maisons privées et dans des endroits où la pratique n'en était pas autorisée" et il attendait son procès, emprisonné à domicile, quand il s'échappa. Ce procès aurait pu résulter en peine de mort, plutôt qu'en une "simple" condamnation aux galères, la puniton prescrite pour un ministre qui refuse d'abjurer.

En Mars 1684, Foucault avait été envoyé convertir les 30 000 et quelques protestants du Béarn où il utilisa toutes sortes de méthodes possibles et imaginables, y compris les fameuses "dragonnades" pour arriver à cet objectif. "Les soldats, excités par ce fanatique, se montrèrent beaucoup plus cruels que ceux du Poitou" qui, en 1681, avaient été jugés si excessifs par Charles II d'Angleterre et le Parlement anglais, que ceux-ci avaient accordé de grands privilèges aux réfugiés français. Cela força Louis XIV à arrêter les dragonnades jusqu'à ce qu'elles soient réinstituées en 1684 (voir Weiss, Vol.I, pp. 94-97, et sa description des actes horribles associés avec les dragonnades en Béarn).

Le 26 Février 1685, le Parlement de Navarre ratifia un édit, que Foucault avait proclamé, qui réduisait à cinq le nombre de temples protestants en Béarn, au lieu des vingt qui avaient été autorisés par l'édit "perpétuel et irrévocable" de 1668. Les locations en étaient Garlin, Jurançon, Bellocq, Sainte-Gladie et Osse. Osse devint le seul temple à servir la Vallée d'Aspe, parce que l'édit éliminait le Temple d'Oloron qui fut immédiatement détruit. On pourrait interprèter cet acte comme favorisant Osse en joignant les deux congrégations, mais Foucault avait un propos plus sinistre en tête. "J'ai décidé, dit-il, d'autoriser seulement les temples, précisément cinq d'entre eux, dont les ministres ont été frappés d'un décret qui condamne leurs temples à être démolis, les noms en ont été envoyés au Parlement, si bien que, de cette façon, il ne pourra plus y avoir aucun temple en Béarn" (Cadier, p. 186).

Tous les temples furent fermés avant la fin Avril 1685, leurs ministres ayant été arrêtés ou ayant fui. Cadier cita un rapport de l'époque, "Osse vivait dans une grande rébellion; les ministres prêchaient dans des maisons privées et dans des endroits où ils n'étaient pas autorisés à le faire" (Cadier, p. 189). Ce qui nous amène à une autre forme d'entrappement que Foucault pratiquait. Il était interdit aux ministres de prêcher dans leurs temples s'ils étaient condamnés à la démolition, et ils n'étaient pas autorisés non plus à prêcher dans les maisons privées, ni ailleurs. Evidemment, Peiret, sous emprisonnement à domicile, n'avait pas le droit de prêcher, mais il continua de le faire. Cadier le décrivit ainsi: "l'édit de Février -n'était qu'une déception- Bien que le temple soit maintenu pour le culte protestant, aucun pasteur n'est autorisé à le célébrer, en dépit des termes formels de l'édit" (p. 188).

Foucault usa de nombreux subterfuges pour tenter d'éliminer le Protestantisme à Osse, y compris la proposition d'y envoyer le Pasteur Goulard, d'Oloron, dont le temple avait été détruit en Février, pour y servir comme second ministre d'Osse, ce que l'édit de Février permettait. Foucault croyait que Goulard abjurerait bientôt et qu'il pourrait l'envoyer à Osse pour "désabuser le peuple et la Religion Protestante Réformée (RPR), et publiquement rétracter les erreurs qu'il avait prêchées auparavant" (p. 188). Cadier raconta que Goulard, abjura devant une grande foule composée des deux religions, le 17 Juin 1685.

Dans la conclusion de son chapître sur Foucault et sa détermination à éliminer le Protestantisme, Cadier nota qu'Osse demeura le seul et dernier bastion du Protestantisme en Béarn et l'un des derniers en France. Pour mettre ce fait en perspective, il y avait eu 2 150 églises Huguenotes en 1561 après que la réformation Calviniste eut balayé la France. En 1661 le nombre était descendu à 813. En résultat des 300 ordres et décrets issus par Louis XIV après 1661, le nombre tomba jusqu'à 243 quand la derniére poussée pour éliminer le Protestantisme commença en 1684 (voir Roy A. Sundtrom, "Aide et Assimilation: Une Etude du Support Economique Donné aux Protestants Français en Angleterre, 1680-1727", pp. 5 et 12). Citant différentes sources, Butler estima le déclin de 750 en 1661 à 350 en 1680. Ainsi, il n'est pas surprenant de trouver, comme décrit plus loin, un surplus de ministres protestants français en Angleterre même avant 1685 (Sundstrom, p.15).

Se référant au rapport cité plus haut, Cadier suggèra que Peiret continuait de visiter les Protestants d'Osse et peut-être aussi ceux d'Issor, un village à environ 15 km au nord-ouest. Il nota aussi que la dernière inscription par Peiret dans le livre du consistoire (le registre du Temple de 1665-1685, le sujet de son chapître 3 de la Deuxième Partie, pp. 139-184) était pour libèrer le Temple de toute obligation envers lui (voir Ch. 4, p. 190). Finalement, nous avons entendu parler de la légende qui dit que "en apprenant l'arrivée imminente des émissaires armés de l'intendant (les dragons), les dix anciens du village se réunirent avec les chefs de familles, et par serment solennel, jurèrent de ne jamais abandonner ni leur patrie ni leur foi" (voir Ch.4, p. 197).

En lisant Cadier, on ne trouve pas de date précise pour l'arrivée des dragons à Osse. D'après les recherches de Jean-Luc Bilhou-Nabera, il semble qu'Osse aurait été le dernier village du Béarn à être occupé par les dragons. Cette information ne parait pas dans le texte de Cadier, qui sous-tîtra son chapître sur Foucault en Béarn avec la période du '1er Mars 1684 à la fin Août 1685', mais il y mît de la lumière sur la chaîne d'évenements à Osse et comment le village résista Foucault jusqu'au bout.

Bilhou-Nabera a découvert un rapport de Jean de Tapie, procureur du Roy au Parsan d'Aspe, daté du 2 Septembre 1685, juste six semaines avant la Révocation de l'Edit de Nantes. Comme de nombreux auteurs l'ont remarqué, la Révocation n'était qu'une simple formalité parce que, au moment où elle fut écrite (18 Octobre 1685) et signée (22 Octobre 1685), une série d'actes par Louis XIV au cours de plusieurs années, qui furent accélèrés au début des années 1680, avait déjà retiré tous les privilèges des Protestants, y compris le droit de pratiquer leur foi. Cela peut être vérifié dans la chronologie présentée plus haut sur Foucault en Béarn, 1684-85.

Jean de Tapie avait été envoyé par Sa Majesté Dalon, Président du Parlement de Navarre, pour enregistrer tous les Protestants "indomptables" qui refusaient de se convertir au Catholicisme dans la région d'Aspe. Il faut remarquer que tous les noms étaient d'Osse, ce qui soutient la conclusion de Cadier qu'Osse était la dernière communauté protestante dans la Vallée d'Aspe après la destruction du Temple d'Oloron. Aussi, on sait par Cadier que les quatre autres temples autorisés par l'Edit du 26 Février 1685 avaient déjà été fermés. Il semble qu'Osse était le seul endroit au Béarn en début Septembre, où le Protestantisme était pratiqué ouvertement.

Un des noms sur la liste de Tapie était celui de Magdeleine de Latourrette, décrite comme vivant notoirement et implicitement en concubinage avec David Latourette, qui porte le tître d'Abbé Laïque d'Osse, mais leurs enfants n’étaient pas sur la liste (le travail de généalogie de Jean-Luc Bilhou-Nabera, sur sa Webpage, qui n'est pas terminée, assume qu'il y avait à l'époque trois enfants adultes: Jacob, né vers 1650; Jean, né vers 1651; et Marie, née en 1661).

Inclus sur la liste de Tapie étaient Pierre Peyret (Peiret), ministre, sa femme Marguerite Latour, et leurs enfants âgés respectivement de 5 ans et 18 mois. Joseph Laplacette, laboureur, Bertrand Candau, laboureur, Isaac Darriet, valet chez les Supervielle, Noë et Abraham Capdevielle, cadets et frères, Marguerite Darabanet, Marguerite Loustau, Jean Margalotte, laboureur, Jeanne Nouguer, épouse de Pierre Curet et Pierre Curet, leur fils, charpentier de métier, Marguerite Martigues, épouse de Pierre Laplace, et David leur fils aîné, Pierre Casset, fils aîné de sa famille, et Madeleine Masou, épouse de Jean Carrère, Marie Domecq, deuxième fille de David Domecq, David Lagunpocq, fils aîné de Pierre Lagunpocq, Henry et David Supervielle, cadets.

Le tître attribué à David Latourrette d'Abbé Laïque, signifiait qu'il avait des biens et des privilèges, sans connotation religieuse, et confirme son statut de propriétaire de la Maison Forte de Gayrosse (pas un château) à Osse ainsi que son rôle de notaire (chef-officier de la loi). Aussi à noter, que David et Magdeleine étaient aussi "concubins" que Pierre Peiret et Marguerite.

On remarque, en passant, que Bertran Candau était inclus dans la liste. Il est plus que probable qu'il est l'ancêtre de Zulma Candau, la personne qui échangeait des lettres avec Mme Jacob sur Osse et les racines des Latourrette dans les années 1950. Certainement dans ses lettres, elle démontra la tolérance et l'indépendance que l'on associe avec les protestants d'Osse. Elle mentionna dans sa correspondance qu'elle eut à détruire bon nombre de ses archives et ses lettres pendant la deuxième guerre mondiale, après avoir aidé des Juifs à échapper les occupants Allemands. Notons en passant l'histoire tragique d'un Juif, enterré dans le cimetière d'Osse, qui, à l'époque de l'occupation, se serait tué pour éviter d'être découvert par les Nazis.

Plusieurs des noms de famille compris dans la liste des Protestants "Indomptables" de Tapie, comme Margalotte, Loustau, Langunpocq, Supervielle, Doumecq (Domecq), Nouguer (Nouque) et Curet apparaissaient aussi sur la liste des anciens et des assistants du pasteur, aux côtés de David Latourrette, dans les registres du Temple d'Osse entre 1665 et 1685 (voir Cadier, p. 151). Le nom Loustau nous rappelle qu'en 1569, Miramonde de Loustau fut martyrisée à Osse pour sa foi (Histoire des dates importantes du temple). Sans doute, la plupart, sinon tous ces noms furent associés aux dix anciens, dont Cadier raconta qu'ils se réunirent avec leur familles pour réaffirmer leur foi avant de s'enfuir dans les bois à l'arrivée des dragons (Histoire des dates importantes du Temple, et Cadier, pp.197-8).

D'après la description précédente, il est clair que Peiret et sa petite congrégation d’environ 75 familles (voir Cadier, p. 140) retinrent leur foi et résistèrent Foucault, étant la seule communauté Protestante survivant en Béarn, jusqu'à ce que les dragons apparaissent à leurs portes. Il est aussi certain que Peiret, à cette époque était déjà marqué pour retribution sévère par les autorités du Roi. Il ne pouvait y avoir aucune négociation pour un passage libre et, à l'évidence, Peiret n'allait pas abjurer. La description par Weiss du traitement des ministres protestants à l'époque de la Révocation montra la précarité de la situation de Peiret. Il appartenait définitivement à la catégorie décrite par Weiss.

"Les ministres devaient partir les premier. Un délai de quinze jours leur était accordé pour quitter le pays. --- A bon nombre d'entre eux, un passeport fut refusé, sans lequel ils ne pouvaient passer les frontières, si bien que le délai accordé pour leur départ pouvait être dépassé, et ils pouvaient être emprisonnés, pour avoir enfreint aux provisions de l'édit. Pour certains d'entre eux, qui apparaissaient être les plus dangereux, parce qu'ils étaient les plus influents, le délai accordé aux autres fut abrégé" (Weiss, Vol. I, p. 105).

A propos de la liste de Tapie, il est aussi mentionné qu'un plus grand nombre de gens avaient abjuré officiellement, mais n'allaient pas à l'église, ne prenaient pas part à la messe, et juraient contre le Catholicisme Romain.

Ainsi, bien que leur ministre avait été forcé de partir en 1685, leur église et leur cimetière furent détruits en 1686, et une grande pression fut faite sur eux pour qu'ils se convertissent, les Protestants d'Osse restèrent fortement attachés à leur foi après la Révocation de l'Edit de Nantes. La question est alors de savoir pourquoi Jean Latourrette est-il parti?

Les raisons du départ de Jean ne sont pas si évidentes. Il était membre d'une famille notable d'Osse, qui possédait des terres, probablement un moulin et une position importante dans la communauté depuis au moins 1578 quand, selon les registres du Temple d'Osse, Gassiot de la Torrette devint le premier ministre Protestant. D'autres sources indiquent que Gassiot, Pasteur de la Vallée d'Aspe, était présent au premier synod annuel du Béarn en 1563. Cela le placerait au premier plan du mouvement Huguenot en France.

Selon Alfred Cadier (p. 202, ft.3), David de Latourrette (vers 1625 -1697) était probablement le père de Jean. Il était notaire, un ancien de l'église et tenait le tître d'Abbé Laïque d'Osse au temps de la Révocation. Assumant que David était le père de Jean, et considérant d'autres informations que nous avons sur lui, Jean avait à peu près 34 ans, était le second fils, un jeune homme célibataire, à l'époque, et un menuisier accompli, et peut-être, plus tard à New York, un charpentier de chantier naval. Contrairement à David et Magdeleine Latourrette, ses parents présumés, ni Jean, ni son frère aîné, Jacob, ni sa soeur cadette, Marie, n'étaient sur la liste de Tapie. Etant donné ce que l'on sait d'Osse à l'époque, une recherche plus en profondeur montrera vraisemblablement que les Latourrette, avec leur longue tradition de tolérance, jouissaient d'un bon degré de protection par certaines familles catholiques de la région. Cadier attira l'attention sur les Laclède de Bedous, à quelques kilomètres d'Osse, une famille catholique notable qui protégeait les protestants d'Osse. "Jamais les protestants d'Osse frappèrent-ils en vain à la porte des Laclède de Bedous" (p. 209). Le lien d'amitié des locaux, la loyauté et le support mutuel entre les gens des deux religions à Osse, mentionnés par Cadier, furent aussi constatés par André Eygun dans "Peuple d'Aspe" (p. 65). De plus, il semble que David Latourrette continua de jouer un rôle proéminent dans la communauté jusqu'à sa mort, vers 1697, bien que, Cadier le montra clairement, la pratique de la foi protestante était devenue clandestine durant la période "Désert". (Ce sujet, cependant, Jean-Luc Bilhou-Nabera sera à même de poursuivre dans le futur). Les liens serrés entre les gens d'Osse, Catholiques et Protestants, furent également confirmés dans les recherches généalogiques de Jean-Luc, révélant que la soeur de Jean, Marie, épousa Jean Laclède de Bedous en 1685. Il serait interessant de savoir si la famille Laclède aida Jean Latourrette et Pasteur Pierre Peiret à partir d'Osse en sécurité.

En plus de la protection typiquement garantie à une famille importante avec tître vivant à Osse, il semble que les Huguenots du sud de la France, étant plutôt éloignés de Paris et de la cour de Louis XIV, se sentaient en sécurité, tout au moins jusqu'à l’arrivée des dragons. A Osse, un village décrit à l'époque comme "une place forte du Protestantisme", les dragons seraient arrivés quelque temps après le 2 Septembre 1685, quand la liste fut publiée mais avant la Révocation, le 22 Octobre 1685. (Ce sujet a besoin de recherche plus approfondie pour déterminer les dates et la séquence des évènements à Osse, après que Foucault se rendit au Béarn pour "dragonner" (voir Weiss, Vol. I, pp. 94-7).

Le fait que très peu de Protestants quittèrent le sud de la France ne rend le départ de Jean Latourrette que plus étonnant, étant donné son standing dans la communauté. Butler cita les estimations modèrées et très soigneusement reconstruites de Samuel Mours analysant la migration des Huguenots qui avaient quitté la France et étaient devenus réfugiés en 1690. Les nombres avancés par Mours suggèrent qu'environ 160 000 Protestants partirent entre 1660 et 1690 (voir Butler, p. 23). D'après le modèle de migration présenté par Mours, Butler conclut: "Paradoxiquement, la taille relative de la migration d'une province particulière était inversement proportionnelle à la taille de sa population protestante. Dans le nord-ouest de la France, où la population protestante était petite, entre un tiers et la moitié partirent. Mais en Languedoc, Cévennes, Vivarais et en Guyenne, où la moitié de la population protestante du pays vivait, seulement six à dix pour cent s'enfuirent. Cela s'explique sans doute par le fait que les Protestants du nord-ouest étaient non seulement vulnérables aux attaques à cause de leur minorité distincte, mais aussi ils étaient plus près des endroits de refuge comme l'Angleterre et la Hollande. Les Protestants plus nombreux du sud-ouest étaient plus loin des endroits possibles d'asile, et leur nombre rendait la résistance armée à la persécution possible" (pp. 23-4).

En fait, le pourcentage le plus petit de Protestants ayant quitté leur province d'origine est celui des Béarnais, que Mours estima à seulement deux pour cent (500 sur 30 000). Donc, le départ de Jean, indépendemment de celui de Peiret et sa famille, était un évènement très rare (Butler, p. 23).

Cette analyze de la qualité unique du départ d'Osse de Jean Latourrette est renforcée par les informations que l'on trouve dans les histoires de la French Church of New York, fondée par Peiret en 1688. Peu de réfugiés Huguenots, et peut-être aucun, vinrent à New York du Béarn, exception faite de Peiret et de Latourrette. Dans son chapître "Leurs Villes d'Origine", du livre "L'Eglise Huguenote de New York: Une Histoire de l'Eglise Française du Saint-Esprit", Révérend John A. F. Maynard retraça méticuleusement les origines françaises de toute la congrégation. Il trouva que la grande majorité venaient des provinces maritimes de l'ouest de la France: Aunis, Saintonge et Poitou. Un plus petit nombre venaient du reste de la France, particulièrement de Normandie (voir pp. 97-113). Jean Latourrette fut le seul Béarnais identifié par Maynard (p. 108), parce que Maynard, tout comme Baird, pensait que Peiret était Languedocien, venu de Foix (voir la discussion sur les origines de Peiret ci-après).

Pourquoi les recherches précédentes ont-elles négligé le lien entre Pasteur Peiret et Jean Latourrette dans leur périple depuis Osse? L'historien de Harvard, Charles Baird, incorrectement identifia Pierre comme étant de Foix (Vol. II, pp. 146-7). Bien que, dans ses notes sur Marguerite Peiret, l'épouse de Pierre, il nota qu'elle était Béarnaise et que Jean Latourrette venait également du Béarn (Vol. II, p. 147, ft 2), il n'y associa jamais le fait que Peiret et Latourrette avaient tous deux quitté Osse, en Béarn, à peu près en même temps. Plusieurs sources, dont les registres d'Osse, montrent clairement que Peiret était de Pontacq (près de Pau), en Béarn, et non de Foix, et qu'il était pasteur protestant à Osse de 1677 à 1685. L'erreur sur l'origine de Peiret fut répétée par le Révérend Alfred V. Wittmeyer dans l'introduction originale en 1886 des "Registres des Naissances, Mariages et Décès de l'Eglise Françoise à la Nouvelle York, de 1688 à 1804", où il cita Baird comme sa source (1886 Introduction, p. xxi). Sans citer de source, un autre historien, Jon Butler, répèta la même erreur en 1983, quand il discuta l'arrivée de Peiret à New York en 1687 et la fondation en 1688 de ce que l'on connait maintenant comme l'Eglise Françoise à la Nouvelle York -The French Church of New York. Bien qu'il soit évident que Cadier comprenait que Peiret et Latourrette étaient tous deux venus d'Osse, il ne fît pas non plus le lien de leurs départs dans son livre "Le Béarn Protestant". Par contre, il montra un scepticisme considérable quant à l'histoire qui disait que Peiret était le petit-fils de Pierre Peyrat. Il basa l'erreur d'identification sur la similarité de leurs noms. "Je pense qu'il est plus correcte de reconnaître Pierre de Peiret de Pontacq, ministre d'Osse de 1677 à 1685". Il remarqua aussi que Peiret épelait son nom Peyret dans les registres du Temple, mais le signait toujours Peiret, et que Marguerite Peiret aurait été du Béarn et non pas de la famille De Grenier La Tour, de Gabre (près de Foix) comme l'avait dit Baird (Cadier, p. 203).

Une source privée sur les recherches de Cadier aux Archives de Pau, que Jean-Luc Bilhou-Nabera a partagée avec cet auteur, indique que Cadier avait accès à considérablement plus d'information sur la famille Latourrette qu'il n'a utilisée dans son livre. (Espèrons que les recherches de Bilhou-Nabera jetteront davantage de lumière sur les Latourrette à Osse et sur ce point particulier).

Etant données les erreurs sur les origines de Peiret et en l'absence d'une bonne compréhension du lien entre Pasteur Peiret et Jean Latourrette, il y a eu de nombreuses spéculations pendant plus de 300 ans en Amérique parmi leurs descendants sur pourquoi et comment Jean partit de France. Des histoires ont été brodées telles que sa fuite d'un château au beau milieu d'une fête, à cause de la Révocation, alors qu'on sait qu'il n'y a jamais eu un château à Osse; et aussi, telles que son mariage avec Marie Mercereau plus tôt et en France. Si le lien entre Peiret et Jean avait été reconnu par Lyman Latourrette et Mme Jacob, ils auraient sans doute dépensé davantage de temps et d'efforts à explorer les registres de l'Eglise Française de New York.

A Osse, les gens qui ont connaissance du lignage de Jean Latourrette en Amérique savent qu'il était originaire du village et venait d'une famille protestante notable au temps de la Révocation, mais ils n'ont pas non plus été à même d'offrir une explication logique de son départ.

Quand on lie Peiret et Latourrette dans leur voyage d'Osse à New York, une explication logique, basée sur de nouvelles informations, commence à émerger.

Plusieurs fables sur Jean Latourrette, circulant en même temps parmi ses descendants américains, sont incompatibles avec les faits. En réalité, la vérité sur le départ de Jean est plus intéressante que la fiction qui a été créée pour expliquer comment il est venu à New York. Il n'était pas un comte, il n'y avait pas de château (seulement la Maison Forte de Gayrosse, dont le tître était à l'époque tenu par David Latourrette), il n'épousa pas Marie Mercereau en France mais à New York en 1693, il n'était pas un membre de la Colonie de Rhode Island, il n'est pas venu avec la famille Mercereau, et ni Marie ni Jean ne firent partie du massacre de Schenectady en 1690.

Les faits suggèrent fortement que Jean Latourrette venait d'une famille protestante notable à Osse, qui avait contribué au village son premier ministre protestant, Gassiot de Latourrette, en 1563. Il était un homme célibataire et un charpentier accompli. Etant un fils cadet, selon les coutumes du Béarn, il n'était pas en ligne pour un héritage. Cependant, en tant que fils de notaire, il reçut probablement une bonne éducation pour l'époque et il était vraisembablement en demande grâce à son métier de menuisier-charpentier, qui lui fut de grande valeur dans le nouveau pays. Soit sa famille, soit Peiret lui demandèrent de partir avec Peiret et sa famille, ou bien il s'y engagea lui-même, pour les aider à atteindre la sécurité hors de France. Peiret était marqué pour la mort ou les galères, à cause de son ferme refus d'abjurer sa foi. La famille de Peiret faisait face à des difficultés énormes s'ils restaient à Osse. (Il devrait être noté que, contrairement aux "Annales" de Lyman Latourrette, Baird, Vol. II, pp. 146-7, et de nombreuses entrées dans les "Registres" de l'Eglise Française de New York, documentèrent clairement que l'épouse de Peiret était venue en Amérique avec lui). En partant avec Peiret, Jean Latourrette lui aussi aurait été marqué pour la mort, aussi bien pour l'avoir aidé que pour tenter de quitter le pays, deux actes prohibés explicitement par la Révocation. Il fallait un grand courage pour s'engager sur ce long périple, au risque de se faire prendre, qui les mena d'abord à Francfort, puis à Rotterdam, à Londres, et finalement en Amérique.

Ainsi sa situation faisait de Jean Latourrette un candidat idéal pour s'offrir à accompagner Peiret. Quand toutes les recherches auront été faites, on trouvera peut-être une autre raison évidente qui fera de lui le compagnon idéal. La force de l'engagement de Peiret et sa dévotion à son ministère furent clairement démontrées dans la façon énergétique avec laquelle il s'intégra à New York en 1687, dans son entreprise réussie d'y établir une congrégation et d'y bâtir le premier temple pour l'usage exclusif des réfugiés français dès la première année. Quand il quitta le Béarn il était déterminé à établir un nouveau ministère dans un pays nouveau pour servir les réfugiés protestants français. Peut-être savait-il qu'il aurait aussi besoin d'un charpentier. Nous reviendrons à ce point plus tard.

LE VOYAGE D'OSSE A L'AMERIQUE OSSE: SEPTEMBRE-OCTOBRE 1685

Le 2 Septembre 1685: Peiret, son épouse Marguerite la Tour et leurs deux enfants identifiés seulement par leur âge (18 mois et 5 ans) figuraient sur la liste, préparée par Jean de Tapie, des "Protestants Indomptables" d'Osse qui avaient refusé d'abjurer. Plus tard, des registres donnèrent les noms des enfants: Pierre et Marguerite -signée Madeleine en 1700 au baptème de sa soeur Elizabeth à l'Eglise Française de New York. Elle se maria en 1701, donc elle était sans doute celle qui avait 5 ans en 1685. Le fils Pierre (mentionné comme Perit plus haut) était sans doute un bébé au départ d'Osse, mais fut listé comme étant né au Connecticut en 1685 par Baird. Les noms des enfants -Pierre et Madeleine- furent confirmés par Cadier (Alfred Cadier, p. 202). Aussi sur la liste de Tapie étaient David Latourrette et son épouse, mais pas leur enfants adultes: Jacob, Jean et Marie.

Les 18 et 22 Octobre 1685: La Révocation de l'Edit de Nantes fut écrite puis signée. Peiret fut banni de France sous menace de mort ou des galères. Comme noté plus haut, il était déjà marqué pour avoir continué de prêcher après qu'il fut confiné à domicile et pour son ferme refus d'abjurer.

Probablement après le 2 Septembre, quand les noms de Peiret et sa famille parurent sur la liste de Tapie et peut-être avant le 22 Octobre ou avant l'arrivée des Dragons à Osse, Peiret et sa famille s'enfuirent d'Osse avec Jean Latourrette.

Septembre ou Octobre 1685: Les Dragons vinrent à Osse et les Protestants s'enfuirent dans les bois (Cadier, p. 197-8 et l'histoire du Temple d'Osse -"Dates Mémorables de l'Eglise"). Baird cita des sources qui suggèraient que les dragons auraient pu arriver en Septembre. Au début Octobre "de sept à huit mille soldats revenant, à ce que l'on dit, de convertir les Protestants du Béarn" entrèrent dans La Rochelle (voir Vol. I, pp. 313-7). Les dates données ici correspondent aux dates de la mission de Foucault en Béarn, qui, selon Cadier, prit fin en Août; et à la parution de la liste de Tapie le 2 Septembre. Osse étant le dernier point de résistance fut sans doute l'un des derniers villages envahis par les Dragons.

Il faudra orienter des recherches futures vers la détermination plus précise de la date d'arrivée des Dragons, ce qui pourrait aider à suggèrer exactement quand Peiret, sa famille et Jean Latourrette quittèrent Osse.

FRANCFORT: NOVEMBRE 1685

Le 18 Novembre 1685: Mme Antoinette Doerr révèla que Jean avait été vu à Francfort ce jour-là. "On retrive (sic- retrouve) Jean de Latourrette, menuisier d'Osse, à Francfort le 18.11.1685". Mme Doerr est membre de la paroisse d'Osse-Oloron et du Conseil Administratif du Centre d'Etudes Protestantes Béarnaises. Cette citation vient d'un petit article qu'elle présenta récemment sur l'histoire de la famille Latourrette et sur Osse. Il fut circulé largement à Osse et peut maintenant être trouvé sous forme dactylographiée. La source de cette citation n'a pas encore été confirmée, mais la citation est logique en terme d'un itinéraire de fuite qui serait passé par une région fortement protestante, dans ce qui est maintenant l'Allemagne, où les réfugiés français en évasion étaient bien accueillis. De Francfort, on pouvait descendre le Rhin jusqu'à Rotterdam, traversant des régions sympathisantes avec les Protestants. C'est la route historique que les pionniers de New Paltz, dans l'état de New York, avaient utilisée avant 1685 et que les réfugiés protestants de Palatine avaient utilisée au début des années 1700. Il y a suffisamment de preuves historiques pour suggèrer que cela peut avoir été le trajet de Peiret et Latourrette, plutôt que la côte ouest. Voir, par exemple, le livre de Fontaine sur la grande difficulté de partir de la côte de France à l'époque. Les notes ci-après suggèrent également que Peiret était à Rotterdam en Avril 1686.

ROTTERDAM: AVRIL 1686

Le 24 Avril 1686: Une conférence religieuse prit place à Rotterdam, mentionnée par Cadier (p. 292), qui suggèra que Peiret et d'autre ministres, qui avaient fui le Béarn, étaient présents à cette conférence du Synod des Eglises Wallones. (Ceci est appuyé également par les registres de Londres montrant Jean Latourrette allant en Hollande et y retournant après cette conférence. Voir ci-après).

LONDRES: JUIN 1686 - AOUT 1687

L'information qui suit, recherchée à ma requête, sur Latourrette et Peiret vient des registres de la "Royal Bounty" à Londres. Les faits rapportés ici sont appuyés par des copies de registres originaux, généralement écrits en français, maintenant en ma possession.

Il y a plusieurs sources en anglais qui décrivent une collecte de fonds qui avait été faite pour assister les réfugiés protestants français. Baird étudia les registres dans les années 1800, avant qu'ils fussent organisés et catalogués. Il donna un bonne description du programme, son financement et son usage et il suggèra que la "Royal Bounty" (abondance royale) était un terme tout à fait inapproprié. En effet, ces fonds furent collectés en réponse aux souffrances des protestants français parmi le peuple anglais qui accueillit les réfugiés à bras ouverts. Selon Baird environ 250 000 livres sterling furent ainsi réunies en Angleterre, après que le Roi James II, un fervent Catholique qui fut ensuite déposé pendant la Révolution Glorieuse de 1688, ait issu, à contrecoeur, le décret royal requis (The First Brief of James II, 1686) pour légaliser la quête et son utilisation (voir Baird, Vol. II, pp. 155, 157, 175 et 176). Il faut noter que Baird avait mal compris le terme "Royal Bounty". Après la Révolution Glorieuse de 1688, le Roi William et la Reine Mary procurèrent des dons à la caisse d'assistance au nom du royaume, et, en 1696, le Parlement supplémenta la bourse privée du Roi dans cet objectif, et c'est ainsi que le terme "Royal Bounty" vint à être utilisé (Sundstrom, p. IV).

Baird utilisa les registres de la "Royal Bounty" pour retrouver bon nombre des réfugiés qu'il identifia en Amérique comme étant passés par l'Angleterre et qui étaient originaires de France. De ses deux volumes, à peu près la moitié est dédiée à retrouver et identifier les réfugiés, mais il semble qu'il n'aurait pas vu, ou aurait peut-être omis les noms de Peiret et de Latourrette. Plus tard, cependant, il cita une entrée en 1705 charactèrisée comme étant un cas d'aide exceptionnelle: "Marguerite Peiret, du Béarn, veuve d'un ministre décédé à New York, où elle réside, avec deux enfants: douze livres (sterling)". Peiret mourut le 1er Septembre 1704, avec quatre enfants de plus dans sa famille depuis 1690, en plus des deux qui étaient venus d'Osse avec lui. La mention de deux enfants dans les dossiers de la "Bounty" réfère sans doute aux deux plus jeunes, bien qu'ils auraient tous eu moins de 14 ans à la mort de Peiret (voir Baird Vol. II, p. 147 et pp. 330-31 et ft. 1, p.331).

Les fonds collectés étaient administrés par un comité français (le Secours Huguenot) qui procurait de l'assistance aux réfugiés en Angleterre et payait leurs voyages vers d'autres pays, y compris l'Amérique. Heureusement, le comité gardait des dossiers détaillés sur les fonds, dont la plupart ont été préservés, et soigneusement rapportait comment ils étaient dispensés. Plus récemment, Raymond Smith catalogua et alphabétisa les dossiers, que l'on peut trouver à la Librairie Huguenote de la University College, à Londres (voir la Bibliographie pour les références au volume de Smith).

Nous citerons plus loin les registres du comité et les entrées des allocations données à Peiret et à Latourrette en 1686 et en 1687. Pour les mettre en perspective, nous citons ici Baird, "En la seule année 1687, six cent réfugiés français protestants furent envoyés en Amérique aux frais du comité" (p. 176). Baird, à l'évidence, reproduisit un rapport qu'il trouva dans les dossiers de Londres, mais avec lequel Butler n'était pas d'accord. Etant donné que les dossiers avaient été catalogués et alphabétisés quand il les étudia avant d'écrire son livre, publié en 1983, Butler fut probablement correcte avec un nombre de deux cent familles ayant reçu le support du comité pour aller en Amérique avant 1690 (voir Butler, p. 51).

Un point se rapportant à ceci est le nombre de réfugiés français qui vinrent en Amérique, et particulièrement à New York. Après une étude approfondie de toutes les sources, Butler le plaça à un niveau beaucoup plus bas que plusieurs des estimations précédentes, avec des justifications considérables. "Donc, les estimations les plus raisonnables placeraient la migration des Huguenots à pas plus que la taille de la population Huguenote en Amérique en 1700, soit environ 1 500 personnes, certainement pas à plus de 2 000 personnes" (p. 49). Les informations de recensement entre 1698 et 1706, examinées par Butler (p. 47) indiquaient qu'il y avait approximativement 363 adultes et 320 enfants à New York, Nouvelle Rochelle et Staten Island, environ 10 ans après la Révocation. Il semble approprié d'exclure de ces comptes le petit groupe de 121 de New Paltz, qui s'étaient installés plus tôt, et de ne prendre en compte que le total des trois communautés. Nous savons qu'il y avait des cas de changement de résidence parmi les Huguenots pendant cette période entre les trois villes. Par exemple, Jean Latourrette déménagea de New York à Staten Island en 1698 ou peu de temps après. Jean Chadeayne, qui, après 1690 était venu de la Colonie de Rhode Island à la Nouvelle Rochelle et qui, durant les années 1690 fut associé de près à l'église de Peiret, s'installa finalement à Staten Island. Il devrait être reconnu que certains des enfants naquirent en Amérique et certains des adultes qui avaient émigré moururent. Nous savons aussi que quelques uns étaient venus avant la Révocation. Nous nous trouvons donc avec un nombre de 360 adultes français, réfugiés comme Latourrette et Peiret, venus à New York après la Révocation mais avant 1700. Considérant ces paramètres, on peut estimer à 250 le nombre d'enfants qui les accompagnèrent. Cela s'accorde avec les estimations de Maynard qui disait qu'environ 600 (15 pour cent) des 4 000 personnes vivant à New York en 1697 étaient Huguenots (p. 69). Selon Mours, cité par Butler, à peu près 160 000 protestants français quittèrent leur pays, cela veut dire que moins de 4 pour mille personnes qui s'enfuirent vinrent à New York (voir Butler, p. 23). Une preuve de plus du fait exceptionnel qu'était l'émigration de Peiret et de Latourrette d'Osse à New York, surtout quand on prend en compte le pourcentage déjà très bas (2 pour cent) de gens ayant fui le Béarn, comme mentionné plus haut.

La conclusion qu'il était rare pour les réfugiés français d'aller de l'Angleterre à l'Amérique est aussi confirmée par une analyze des émigrants qui reçurent assistance de l'Eglise de la Rue Threadneedle à Londres. Cette aide était une partie de la réponse à la crise qui s'était développée en Poitou en 1681, décrite ici, et qui continua jusqu'en 1687. "Destinations des Réfugiés à Leur Départ de Londres" (Appendix III, p. 222), appendix du livre "Les Réfugiés Protestants Français Aidés Par l'Eglise de la Rue Threadneedle, Londres, 1681-1687" suit les traces des 3 419 réfugiés, souvent avec famille, qui reçurent cette aide. 617 de ces 3 419 étaient listés comme ayant reçu des fonds pour quitter Londres. Seulement 24 de ces 617 avaient des destinations en Amérique dont 4 incertains. La plupart allèrent ailleurs en Angleterre (292), en Irelande (142), en Hollande (119), en Ecosse (3), certains s'éparpillèrent à travers l'Europe (19), et d'autres allèrent vers des destinations non spécifiées (19).

Donc, de la population réfugiée totale de 3 419 qui reçurent des fonds pour se déplacer, seulement 7 sur mille allèrent en Amérique. Parmi les 8 se déclarant en partance pour la Nouvelle Angleterre (New England), il est interessant de trouver Auguste Grasset, François Vincent et Jean Vincent avec leurs familles. Comme mentionné ci-après, ils devinrent éventuellement des membres importants de l'Eglise Française de New York. Auguste Grasset, instituteur qui enseignait les mathématiques et la navigation, reçut 7 livres pour emmener avec lui son épouse et leurs 4 enfants à la Nouvelle Angleterre (p. 103). François Vincent, voilier, reçut 3 livres pour emmener son épouse, 3 enfants et un parent. Jean Vincent, aussi un voilier, reçut le même montant pour lui-même, son épouse et leurs 5 fils. Baird croyait que les deux familles Vincent naviguèrent vers la Nouvelle Angleterre le 28 Mars 1682 (83?). Butler, cependant, croyait que ces familles auraient plutôt navigué vers New York. Comme expliqué plus loin, dans le cas de Peiret et de Jean Latourrette, quand les destinations des émigrants étaient enregistrées, elles n'étaient pas toujours ni précises ni correctes.

Les registres de Londres, présentés plus bas, suggèrent (par évidence circonstancielle) que Jean Latourrette quitta la Hollande après le Synod des Eglises Wallones le 24 Avril 1686, alla en reconnaissance à Londres pour y trouver un endroit où la famille Peiret pourrait recevoir de l'assistance, et retourna en Hollande pour rapporter ce qu'il avait trouvé, après avoir reçu du Comité Français une aide financière pour s'y rendre. Bien qu'une partie de ce qui est présenté ici comme une interprétation de l'évidence, aurait besoin de recherche plus approfondie, il est clair, d'après les entrées dans les registres que Jean était un homme célibataire à l'époque et, contrairement aux "Annales" de Lyman Latourrette, pas déjà marié à Marie Mercereau (ce point est discuté en détail avec évidence corroborante et concluante dans un autre texte à venir, qui traitera des erreurs et fausses interprètations trouvées dans les "Annales" et dans les notes de Mme Jacob, et sa "Compilation" de 1965).

Les registres suggèrent fortement que Peiret aussi alla à Londres plus tard en 1686. Il reçut deux allocations de 6 mois chacune, qui auraient pu le supporter et sa famille (et peut-être aussi Jean Latourrette) d'Octobre 1686 à Octobre 1687. Il y a évidence claire qu'il partit pour l'Amérique avec sa famille avant la fin du deuxième semestre d'assistance. D'après les documents accessibles, il est très probable que Jean Latourrette les accompagnait, ainsi qu'un bon nombre d'autres réfugiés français.

Après son voyage en Hollande, Jean reçut une autre bourse de voyage pour aller au Danemark en fin 1686 ou tôt en 1687, pour des raisons que nous explorerons plus tard.

D'après les registres, on peut assumer que Peiret et Latourrette ne restèrent à Londres que durant la seconde moitié de 1686 et un peu plus de la première moitié de 1687. Cette période est comprise entre le Synod à Rotterdam du 24 Avril 1686 et le départ des Peiret sur le navire, le Robert, qui partit de Londres en Août 1687.

Retournant aux registres de Londres, on se souvient qu'il y avait eu une première collecte plus tôt dans toute l'Angleterre pour supporter les réfugiés protestants français qui avaient quitté la France à cause de la répression croissante par Louis XIV. Elle fut autorisée par le Roi Charles II, fervent Catholique qui, comme le Roi James II, s'y était trouvé obligé à cause de la pression publique. Cette collecte fut réunie en Angleterre Protestante, en réaction à l'horreur générale provoquée par les dragonnades du Poitou en 1681. En réponse aux histoires qui atteignaient l'Angleterre avec les réfugiés, ayant fui la France après la Révocation, il y eut un effort très répandu pour ajouter à ce qui restait de la collecte précédente. "Cette somme était maintenant gonflée par des collectes similaires faites le 23 Avril 1686, et plus tard." (Baird, p. 155). Il est important de noter l'enchaînement de ces évènements, la collecte du 23 Avril et le Synod du 24 Avril, pour interprèter les mouvements probables de Peiret et de Latourrette. Si Peiret et Latourrette étaient à Rotterdam en Avril 1686, comme indiqué par Cadier, les nouvelles de l'accueil et du soutien aux réfugiés par le peuple anglais les auraient atteints en Hollande en une quinzaine de jours. Cette information aurait suffit à motiver Latourrette pour aller en Angleterre et évaluer la situation. Mais pourquoi quitter la Hollande qui avait toujours été un havre de sécurité pour les protestants français?

Butler donna une réponse très simple à la question de savoir pourquoi Peiret, ministre à la recherche d'un endroit où il pourrait prêcher et gagner sa vie, voulait partir de Hollande. "Le renouveau (en Hollande) stimulé par la dispersion des Huguenots après 1680 avait créé un surplus de ministres. Les trente-neuf congrégations protestantes françaises organisées avec la vieille Eglise Wallone hollandaise après 1695 simplement ne pouvaient pourvoir un revenu aux 350 ministres Huguenots exilés qui vivaient en Hollande avant 1700" (voir pp. 25-6).

Si Peiret et Latourrette étaient déjà à Rotterdam le 24 Avril 1686, le manque d'opportunité ministérielle devait y être évident. L'Angleterre aurait été une location attrayante, étant donné le grand nombre de réfugiés français s'attroupant en Hollande et le soutien général très répandu offert en Angleterre aux réfugiés français. Baird récapitula ainsi le sentiment des anglais envers les réfugiés français, "L'Angleterre était leur amie. Les souffrances des Protestants de France avaient agité le coeur des anglais au plus profond; et le sentiment protestant d'une nation, provoqué comme jamais auparavant par la conduite arbitraire d'un Roi, et sa détermination à réinstaurer la religion Catholique Romaine, s'exprima en gentillesse et en serviabilité envers ces étrangers qui s'étaient réfugiés chez eux pour leur protection. L'Eglise d'Angleterre leur offrit un accueil généreux. Les non-conformistes les saluèrent en frères. Les pasteurs réfugiés furent aidés par la "Royal Bounty". Les fidèles qui ne pouvaient pas trouver de place dans le 'temple' déjà existant de la Rue Threadneedle, furent assistés avec de nouveaux sanctuaires; et, dans une seule année, quinze église françaises furent bâties grâce à l'argent tiré de ces fonds charitables; trois à Londres, et douze dans des villes provinciales" (Baird, Vol. II, p. 157).

L'information parvenant en Hollande aurait suggèré à Peiret, qu'en tant que ministre, il serait très bien traité par le Comité de Soutien à Londres. Butler, plus que Baird, enquêta en profondeur sur ce point et attira l'attention sur les traitements largement différents accordés aux réfugiés aidés par le comité. Butler cita un rapport de 1688 par le Comité de Soutien, mentionnant que les émigrants réfugiés "jouissaient d'une assistance large et d'un soutien confortable". Mais il remarqua que le comité allouait l'assistance dans des montants très différents selon qu'ils jugeaient les gens comme "Personnes de Qualité", ou "De Qualité Moyenne", etc... Il est évident, d'après les comparaisons qu'il tira des registres du comité, que les ministres étaient considèrés comme étant plutôt de haute qualité. En fait, une des comparaisons qu'il fît fut le montant alloué à Peiret (50 livres sterling) pour aller en Amérique, et celui alloué à Pierre Le Sade, laboureur, qui ne reçut que 3 livres (60 shillings) pour emmener son épouse et ses enfants aux colonies. Il conclut que la plupart des réfugiés recevaient entre 2 et 4 livres pour leur voyage vers l'Amérique (voir p. 52). Ces montants correspondent aux sommes données auparavant aux deux familles Vincent. En fait, la comparaison Peiret/Le Sade saute aux yeux parce que les deux entrées furent faites l'une après l'autre dans les registres manuscrits. Le Sade, avec sa famille de 4, reçut moins d'une livre par personne (ou 15 shillings), alors que Peiret, avec un groupe de 6, reçut plus de 8 livres par personne. (Ces entrées apparaissent sur la liste décrite ci-après comme Ms 2, Part 5, Account 12).

Ceci suggère que Jean précéda Peiret de Rotterdam à Londres après le Synod du 24 Avril, pour déterminer s'il était faisable de s'y installer. Jean, sans aucun doute, était à Londres avant Peiret, et fit une demande d'aide à la Bounty qui fut accordée le 6 Octobre 1686. Les 30 shillings (1 livre 10) donnés à Jean lui auraient permis de retourner en Hollande pour faire un rapport à Peiret sur la situation à Londres et sur la possibilité d'y emménager avec sa famille. (D'après un examen des registres de la Threadneedle Church, il semble que les allocations données pour voyage généralement incluaient les frais de nourriture et de logement en plus du montant requis pour le transport). Dans ce contexte, il est approprié de se rappeler que Peiret avait une épouse et deux petits enfants qui, basé sur les âges cités sur la liste du 2 Septembre 1685 des résidents d'Osse qui avaient refusé d'abjurer, auraient maintenant eu 2 et 6 ans en Octobre 1686. Si Jean avait été envoyé par Osse, ou s'était désigné volontaire pour accompagner Peiret vers la sécurité et un nouveau ministère, il est logique qu'il aurait exploré l'Angleterre comme un endroit possible pour Peiret et sa famille, quand il devint évident qu'il y avait déjà trop de réfugiés en Hollande. Il est clair aussi que parmi les réfugiés français qui s'étaient installés en Hollande, un bon nombre s'y étaient mariés et y avaient eu des enfants, mais ils n'y avaient pas trouvé un refuge permanent. L'émigration vers l'Amérique de groupes de protestants français, vaudois et waldeniens, autour de 1700-1702, fut documentée par Baird (voir Vol. II, pp.176-80).

En documentant notre analyse, nous avons trouvé l'entrée suivante dans des manuscrits du Comité de Soutien:

"Jean de la Tourette, pour aller en Hollande, 1 livre 10 shillings, plus il a encore 30 autres shillings pour aller au Danemark".

En terme de monnaie anglaise de l'époque, avec 20 shillings par livre, 30 shillings est la même chose que 1 livre 10 shillings. Comparé avec les sommes généralement données de 15 à 30 shillings en moyenne par personne pour aller en Amérique, selon l'analyse de Butler, 30 shillings pour voyager la distance beaucoup plus courte pour la Hollande ou le Danemark était très généreux, suggèrant que Jean était tenu en haute estime, comme "une personne de qualité", par le comité. Aussi, ce montant peut avoir inclus l'aller et le retour, comme cela fut clairement le cas lors de son voyage vers la Hollande. De plus, le montant attribué peut avoir reflèté une requête par Jean incluant le ministre qui cherchait une location pour établir son ministère. Donc, la Hollande fut la première destination, et, d'après les registres, il est clair que les sommes allouées furent dispensées. D'autre part, il est évident qu'il retourna à Londres de Hollande. Aucune mention n'est faite ni d'une épouse ni d'enfants, comme l'était souvent le cas dans de nombreuses entrées du comité. Des historiens familiers avec les dossiers à la Librairie Huguenote de Londres, sont certains que cette entrée s'applique à un homme célibataire, un point confirmé dans un autre texte par cet auteur.

Cette entrée, donc, parut sur une liste alphabétique de l'assistance accordée entre le 4 Juin 1686 et le 28 Août 1687 et, selon Smith (p. 12), elle peut être trouvée sous le Schedule A: The First Brief of James II, 1686, Aa Committee Registers MS 1. Il faut souligner qu'il s'agit d'un sommaire des entrées qui furent assemblées et certifiées par les membres du comité, généralement par trois membres, pour justifier de l'usage fait par le Comité de Soutien des fonds qui lui furent procurés pendant cette période. Il n'y a pas d'autre entrée avec le nom Jean Latourrette après le 28 Août 1687, bien que l'assistance aux réfugiés français continua jusqu'en 1727. La certification des registres après le 28 Août confirme qu'il avait fait l'aller-retour de Hollande et qu'il lui restait encore 30 shillings pour aller au Danemark. Apparemment il n'utilisa pas l'allocation pour aller au Danemark puisqu'il partit pour l'Amérique avec Peiret au début Août 1687. Cela peut aussi expliquer pourquoi Peiret avait inclus Jean Latourrette et un autre homme, comme ses assistants, dans sa requête de fonds pour six personnes.

Le fait que Jean Latourrette se trouvait à Londres et/ou voyageait entre Londres et la Hollande et qu'il se préparait à aller au Danemark à la même époque, réfute l'hypothèse de Mme Jacob sur le voyage de Jean en Amérique. Son point de vue était que Jean, un homme célibataire (contrairement à l'assertion de Lyman Latourrette dans ses "Annales") aurait fait partie de la Colonie de réfugiés français de Rhode Island. Les derniers arrangements pour la colonie avaient été négociés en Amérique le 12 Octobre 1686 et, moins d'un mois plus tard, le 9 Novembre 1686, les réfugiés s'y installaient (Baird, Vol. II, pp. 291-311). Ceci sera présenté avec d'autres preuves dans un autre texte qui affaiblira sans équivoque l'hypothèse de Mme Jacob.

Nous avons également trouvé une entrée pour Peiret sous MS 1 pour la période du 4 Juin 1686 au 28 Août 1687. Cependant, celle-ci est datée du 6 Octobre 1686 en terme d'une date effective pour recevoir de l'aide financière. Smith constata, et on peut le vérifier dans les dossiers, qu'il y avait des duplications d'autres listes, parce que MS 1 résumait alphabétiquement toutes les actions du comité pendant la période déjà citée. Ainsi, il doit être souligné que MS 1 incluait une action ultérieure du comité pour financer le voyage de Peiret vers l'Amérique, que nous raconterons ci-après.

Dans l'entrée sous le nom de Peiret qui incluait toutes les actions d'aide du comité pour Peiret, entre le 6 Octobre 1686 et le 28 Août 1687, nous avons trouvé:

"Pierre Peiret, ministre, sa femme et deux enfants, établi le 6 Octobre 1686, le montant de 20,5 livres pour frais d'habitation pendant 6 mois. Et pour 6 mois de plus, 14,10 livres. Plus 50 livres pour sa femme, deux enfants et deux hommes pour aller en New Jersey".

On trouve séparément sous Ac: Comptes pour Bourses, MS 2, Partie 5, Compte 12, une liste des actions du comité datée du 3 Août au 12 Novembre 1687, examinée et signée le 18 Novembre 1687.

"A Pierre Peyret, Ministre, sa femme, deux enfants et deux hommes pour aller en New Jersey ... 50 livres".

Le tître de cette page des registres du comité est "A Plusieurs Proposés pour les Indes de L'Ouest". Les notes de Smith (p. 13, ft. 6) indiquaient que la list se réfèrait aux gens qui avaient l'intention d'aller en Virginie ou en New Jersey. Mentionnons ici que, selon l'usage de l'époque, "Les Indes de L'Ouest" était le nom donné au continent américain entier. Cette page fait sans doute partie du registre que Butler utilisa pour comparer les vastes différences entre les bourses accordées par le comité, dont nous parlons plus haut. Cependant, pour une raison ou une autre, il interprèta "deux hommes" comme deux servants" (voir p. 52). Il ne mentionna pas les autres bourses reçues par Peiret pour vivre à Londres ou par Latourrette pour voyager en Hollande et au Danemark, parce que son étude ne se portait que sur la comparaison des bourses allouées pour aller en Amérique.

L'interprètation de ces registres, ajoutée à l'évidence présentée jusqu'à maintenant et à ce qui suit, suggère que Latourrette était un des "deux hommes" qui accompagnaient Peiret à New York. Ils étaient tous deux à Londres pendant la même période, Latourrette très vraisemblablement précédant Peiret et sa famille, et il y fut alloué une bourse le 6 Octobre 1686. Ils étaient tous deux partis de Londres avant le 28 Août, 1687. Ceci deviendra encore plus évident quand notre histoire continuera de se dérouler, mais il y a d'abord deux autres matières à explorer.

Pourquoi Jean Latourrette considèra-t-il aller au Danemark après son voyage en Hollande et son retour à Londres? Il y a une bonne réponse à cette question que nous insèrerons sous forme de sommaire, pour le moment. Y avait-il une seconde personne d'Osse accompagnant Peiret? Ceci ne peut être adressé pour le moment, sauf pour dire que, pour autant que l'on sache, personne d'autre ne partit d'Osse pour l'Amérique au temps de la Révocation. En outre, quand on examine tous les noms de français réfugiés en Amérique, identifiés par un grand nombre d'auteurs et historiens (Baird, Bennett, Butler, Lee, Maynard, Reaman, Roche, Weiss et Wittmeyer) aucun autre nom ne les ramena à Osse. Nous avons déjà établi que Maynard avait fait une recherche approfondie des origines des premiers membres de l'Eglise Française de New York et ne trouva personne d'autre que Jean Latourrette et Pierre Peiret venant du Béarn, après que l'erreur sur les origines de ce dernier fut corrigée. S'il y avait eu quelqu'un d'autre originaire d'Osse il serait logique de s'attendre à le trouver mentionné sur les registres de l'église de Peiret à New York, mais on ne le trouve pas.

Le montant des deux bourses données à Jean Latourrette suggère qu'il peut y avoir eu un plan ou une stratégie de la part de Peiret et de Jean dans leur recherche pour une résidence permanente. Si la Hollande et l'Angleterre ne présentaient pas une bonne opportunité pour un nouveau ministère, pourquoi pas le Danemark? L'histoire, mentionnée auparavant de Jean Laplacette s'enfuyant du Béarn et éventuellement étant invité par la Reine du Danemark à prendre en charge un nouveau ministère à Copenhague donne une bonne explication de pourquoi ils auraient pu considèrer le Danemark comme un endroit où s'installer.

Cette histoire s'inspire en grande partie du chapître de Weiss 'Les Réfugiés au Danemark' (voir Vol. II, Livre VII, Chap. 1, pp. 242-64). Comme nous l'avons déjà constaté, Laplacette et Peiret étaient tous deux natifs de Pontacq au Béarn, le premier né en 1639 et l'autre en 1644. Ils étaient tous deux ministres en Béarn en 1685 et deux des 18 ministres qui choisirent de s'enfuirent plutôt que d'abjurer. Laplacette avait quitté Nay où il était ministre en Mars 1685. Il fut invité, avant 1686, à établir une église à Copenhague par la Reine Charlotte du Danemark, qui avait souffert de la persécution en France parce qu'elle était Calviniste.

La Reine avait prévalu sur le Roi Christian V pour ouvrir le Danemark aux réfugiés français, par des déclarations en 1681 puis encore en 1685, mais l'accueil n'était pas toujours chaleureux parce que la religion officielle de l'Etat était le Luthérianisme. La liberté de suivre et pratiquer leur foi religieuse, un des encouragements majeurs offerts aux réfugiés en 1685 pour s'installer au Danemark, avait rapidement disparu en 1690. Comme l'explique Weiss "la révolution de 1660, en concentrant tous les pouvoirs dans les mains du monarque, avait imposé sur lui l'obligation de ne rien changer dans la religion de l'Etat. L'orthodoxie Luthérienne, à cette époque, rejetait la doctrine de Calvin comme une hérésie dangereuse" menaçant l'autorité du roi et de l'état (pp. 243-4). Weiss ajouta que l'Evêque de Zeeland "maintenait dans ses discours que le pouvoir des rois est d'origine divine, et ne lui reconnaît personne supérieur que Dieu, sur l'ordre spirituel aussi bien que temporel; et qu'en conséquence, il est dans leur intérêt de soutenir la foi Luthérienne, qui s'accomode facilement au gouvernement absolu, et de s'opposer à l'introduction du Calvinisme, qui est fondé sur une principe opposé" (p. 244).

Weiss décrivit le petit nombre de communautés de réfugiés français au Danemark et remarqua que la plupart des émigrants étaient des officiers militaires et des marins, dont plusieurs tenaient une position proéminante dans l'armée et dans la marine danoises. Ils avaient été invités par le Roi Christian V parce que leurs stratégies et tactiques militaires étaient nettement supérieures à celles des forces natives danoises, comme en était le cas de ceux qui avaient été attirés à s'installer en Allemagne. Il y avait aussi un petit nombre de fermiers qui avaient migré au Danemark et y amèliorèrent les techniques agricoles. Cependant, il y avait peu d'intérêt pour le Danemark, de la part du plus grand nombre de réfugiés français, parmi les fabricants et artisans.

Avec cette toile de fond, il semble que le Danemark n'était pas un endroit où Peiret et Latourrette auraient été confortables. La position de Laplacette dans cette société, où il jouissait du support de la Reine, était certainement unique. Ceci est souligné par le fait que Laplacette partit immédiatement pour la Hollande à la mort de la Reine en 1711, bien qu'il ait été à Copenhague depuis 25 ans.

Il est probable que Peiret et Latourrette à Londres avaient connaissance du nouveau ministère de Laplacette au Danemark parce qu'à l'époque, le Danemark avait un rapport officiellement neutre avec la France et l'Angleterre. Aussi, d'après les informations que nous avons, les ministres qui avaient fui la France restaient en contact les uns avec les autres de façons variées, puisqu'il y avait libre circulation et communication entre Berlin (Brandenburg) et le Danemark, entre l'Angleterre et le Danemark, et entre la Hollande et le Danemark.

Pour ajouter à ces considérations, la plupart des émigrants protestants français au Danemark étaient passés par l'Allemagne, comme dans le cas de Laplacette. Les registres de l'Eglise Threadneedle sont informatifs sur ce point. Ils montrent que seulement 2 des 617 réfugiés recevant de l'aide pour quitter Londres allèrent au Danemark.

Quels que soient les renseignements que Peiret et Latourrette reçurent après avoir fait une demande de fonds pour permettre à Jean d'aller au Danemark, ils en vinrent à conclure que ce pays ne satisferait pas leur besoins. La situation était plus complexe que G. Elmore Reaman la présenta, rejetant en deux phrases seulement la possibilité que le Danemark aussi bien que la Suède seraient de nouvelles résidences pour les réfugiés, "le Danemark et la Suède n'accueillirent pas les Huguenots parce qu'ils étaient des pays Luthériens opposés au Calvinisme. D'ailleurs, le Danemark était redevable à la France" (p. 107). Mais, mise à part la protection que Laplacette reçut de la Reine, des officiers militaires et des hommes du Roi, l'évaluation de Reaman semble être exacte.

Après avoir considèré la Hollande, l'Angleterre et le Danemark, l'Amérique devint un choix d'émigration évident. Les dossiers du Comité de Soutien, et les informations corroborantes de Baird et Wittmeyer, en addition des registres de bord du navire, produisent une image claire du départ de Londres de Peiret.

Quand on examine d'abord les dossiers d'assistance, les fonds alloués à Peiret paraissent sur des listes intitulées par Smith Ac: Comptes des Bourses, MS 2 (en 7 parties). Ils sont enregistrés dans la Partie 5, Compte 12, consistant de 40 pages, dans une section intitulée "Plusieurs Proposés Pour les Indes de l'Ouest". L'entrée indique que Peiret, ministre, reçut 50 livres pour emmener avec lui son épouse, deux enfants et deux hommes en "New Jersey". Ces fonds furent donnés par le Comité entre le 3 et le 12 Août, 1687 et l'entrée signée (enregistrée) le 18 Novembre 1687. La date du 3 Août 1687 est importante pour déterminer quand Peiret prit la décision de quitter Londres pour aller en Amérique.

Comme montré plus haut, Peiret était considèré par le Comité de Soutien comme une personne de haute qualité. La somme de 50 livres qui lui fut allouée en 1687 était considèrable. Avant que la livre sterling fut convertie en un standard décimal, il y avait 240 pennies (pence) par livre, et donc 50 livres égalaient 12 000 pennies. Pour mettre cette somme en perspective, l'ouvrier moyen à l'époque recevait environ 10 pennies par jour, donc 240 pennies, ou une livre, pour 24 jours de travail. Ainsi la somme de 50 livres serait l'équivalent de 1 200 jours de travail. Assumant la semaine de travail à 6 jours, il faudrait 3,8 années de travail pour obtenir 50 livres (Source: Clark, Table 5, Winter Wages, 1670-1849).

Une autre façon de considèrer les 50 livres données à Peiret pour aller en Amérique est de les convertir au pouvoir d'achat d'aujourd'hui. 50 livres sterling en 1687 seraient l'équivalent de 5 760 livres en 2005. Au taux d'échange courant Euro-Livre (le 10 Juin 2005) les 5 760 livres valent 8 611 Euros. Ainsi, Peiret reçut l'équivalent de 8 611 Euros pour traverser l'Atlantique, en 1687, avec sa femme, deux enfants et deux hommes. Cela fait 1 435 Euros par personne, aller simple, incluant les dépenses de nourriture et le logement à l'arrivée. Un billet d'avion pour un adulte, aller simple, de Londres à New York, en 2005, coûte environ 850 Euros (Source: John Mc Cusker, "Comparaison du Pouvoir d'Achat de l'Argent en Grande Bretagne de 1264 à n'Importe Quelle Autre Année, le Présent Inclus". Série Histoires Economiques, 2001 (URL: www.eh,net/hmit/ppowerbp ).

Le fait qu'ils reçurent du Comité une bourse pour leur voyage en Amérique environ une semaine seulement avant leur départ suggère qu'il peut y avoir eu une décision, relativement hâtive mais bien calculée, par Peiret de quitter Londres, saisissant une très bonne opportunité d'établir un nouveau ministère pour réfugiés protestants français. Comme nous l'avons déjà démontré, l'opportunité d'établir un ministère en Hollande ou au Danemark était très limitée. L'Angleterre aussi avait un excédent de ministres français. De plus, le Roi James II, avec son hostilité ouverte envers les Protestants français, était sans doute à lui seul une raison de partir. Baird et Butler confirmèrent qu'il y avait des groupes de réfugiés français en partance pour l'Amérique en 1686 et 1687 et il est clair que d'autres réfugiés allèrent avec le groupe de Peiret sur le navire anglais nommé Robert, dont le voyage est décrit ci-après. Plusieurs de ceux qui partirent à l'époque ou avant 1690, et qui devinrent des membres dirigeants de l'église de Peiret à New York, avaient déjà achevé un certain succès à Londres et y avaient été naturalisés. La Révolution Glorieuse devait bientôt se produire en Angleterre, en 1688, mais les conséquences n'en auraient pas été prévisibles ni pour Peiret ni pour les autres réfugiés sur le point de partir. Confirmant ce point, Butler remarqua que des groupes de réfugiés bien plus nombreux étaient partis avant 1688-90. Il est certain aussi, d'après Wittmeyer, qu'il y avait une congrégation toute faite pour Peiret, considèrant le nombre de réfugiés allant à New-York (voir l'introduction de 1886 de Wittmeyer, p. XXI). Cette opportunité d'un nouveau ministère se confirma dans la rapidité avec laquelle il établit sa congrégation et construisit son église. Celle-ci fut la première église pour l'usage exclusif des réfugiés protestants français à New York. Tout cela prit place en moins d'un an après son arrivée.

A ce point de la narrative, il devrait être fait état que seulement environ 1 500, ou en tous cas pas plus de 2 000, réfugiés français vinrent en Amérique entre 1680 et 1700. Cela pose la question de savoir pourquoi de si grands nombres de réfugiés, peut-être autant que 50 000, restèrent-ils en Angleterre? Butler donna la réponse: "L'évidence indirecte la plus répandue suggère que si les personnes âgées dominèrent l'exode de France des Huguenots, les jeunes dominèrent l'exode des Huguenots vers l'Amérique. Dans ce cas, cela est une indication majeure qu'un élément de choix significatif, plutôt qu'un élément de force, amena ces réfugiés en Amérique après leur évasion réussie de France" (p. 57). En examinant les dossiers d'assistance de l'Eglise Threadneedle déjà cités, Butler trouva que plusieurs de ceux qui partirent pour l'Amérique, comme Auguste Grasset et les frères Vincent, étaient des artisans expérimentés relativement jeunes. Le nombre de décès assez bas dans les colonies soutient aussi cette conclusion (voir Butler, pp. 56-9).

En terme d'âges, on constate que quand ils arrivèrent à New York en 1687, Jean Latourrette était un artisan confirmé d'environ 36 ans, et Peiret avait 43 ans, une jeune épouse et deux enfants en bas âge. Cela semble être l'âge moyen des 8 autres ministres français venus en Amérique. Où nous avons des dates fiables, nous trouvons que trois autres ministres avaient 32, 36 et 40 à leur arrivée en Amérique et, selon des informations indirectes, trois autres encore auraient eu moins de 40 ans (basé sur des informations trouvées dans Baird, Butler et Wittmeyer).

Une étude plus profonde de l'aide donnée aux réfugiés par le Comité de Soutien confirme qu'il n'y avait pas grande opportunité pour Peiret de s'engager dans un ministère en Angleterre. Roy A. Sundstrom, "Aide et Assimilation: Une Etude du Soutien Economique Donné aux Protestants Français en Angleterre, 1680-1727", conduisit une analyse détaillée de l'emploi des fonds et de leurs sources d'origine. Il constata qu'il y avait un excédent de ministres français en Angleterre à cause de l'émigration du début des annés 1680, à tel point que l'Archevêque Sancroft de l'Eglise Anglicane issut une circulaire, le 15 Juillet 1685, donnant aux évêques le choix entre avoir à accomoder des ministres huguenots destitués dans leurs paroisses ou bien lui envoyer des fonds pour leur support financier (p. 65, ft 32 et p. 168). L'attention du lecteur est attirée sur le fait que cette circulaire avait été envoyée avant la grande vague d'immigration qui suivit la Révocation. Sundstrom estima qu'environ 50 000 réfugiés allèrent en Angleterre entre 1680 et 1727, la dernière étant l'année où l'assistance se termina. Le déluge de réfugiés immédiatement après la Révocation se remarqua avec les 2 225 nouveaux membres de l'Eglise française de Londres en 1687, augmentant considèrablement le nombre qui n'était que de 267 en 1686 (p. 43). La nouvelle affiliation enregistrée en 1687 fut la plus large pour la période de 1680 à 1705; cependant, Sundstrom constata que le nombre des réfugiés recevant de l'assistance continua de grimper au moins jusqu'en 1721 (p. 84). L'excédent de ministres en Angleterre fut également documenté par les dossiers du Comité de Soutien pour la période allant de Novembre 1689 à Juillet 1693, qui montraient 345 pasteurs, leurs épouses et leurs enfants recevant une assistance annuelle (p. 50).

Même aussi tard que 1703, un nombre substantiel de ministres français et leurs familles recevaient encore une aide financière. Le dossier cité ici comprenait 280 personnes recevant "l'assistance aux ministres" avec un payment annuel de plus de 10 livres en moyenne par personne. L'allusion faite plus tôt aux ministres et à leurs familles étant traités comme "personnes de qualité" est renforcée par le fait que 5 505 autres personnes sur la liste recevaient moins de 3 livres par personne en moyenne (p. 68). Mais, comme Sundstrom le remarquait tout au long de son analyse, considèrant le nombre de réfugiés, le montant de l'aide pour tous les réfugiés pendant cette période n'était jamais suffisant, et l'assistance était fréquemment interrompue quand les Rois et Reines changeaient et de nouvelles collectes devaient être faites.

Bien que 15 nouvelles églises françaises furent construites en Angleterre grâce aux collectes initiées en Avril 1686, il est évident qu'il était impossible que le "déluge de ministres" français fusse absorbé en pratique religieuse profitable. La disproportion de la migration de ministres français, par rapport aux autres gens, est évidente dans l'analyse de Samuel Mours. Bien qu'il y avait des variation considèrables dans les nombres par région, il estima qu'en moyenne seulement 19 pour cent des protestants français émigrèrent entre 1660 et 1690. D'un autre côté, selon la région, au moins 50 pour cent et parfois même 75 pour cent des ministres fuirent la France. Donc il allait y avoir un excédent de ministres relativement à la population totale d'émigrés, spécialement en Hollande et en Angleterre, les deux pays qui reçurent la majorité des réfugiés.

D'après des rapports cités plus bas, nous savons qu'au moins trois autres réfugiés accompagnèrent le groupe de Peiret avec leurs familles en Amérique. Nous avons des informations considèrables sur deux de ces hommes, Pierre (Peter) Reverdy et Elie Nezereau. Il semble qu'ils auraient tous deux été considèrés "Personnes de Qualité" ou de "Qualité Moyenne" par le Comité de Soutien. Pierre Reverdy, de Niort, dans le Poitou, reçut 30 livres pour emmener sa famille explicitement à "New York". Cette entrée parut dans MS 2, Partie 3/commandé le 4 Mai 1687 pour paiement du 5 Mai au 20 Juillet 1687. Baird indiqua qu'il y avait un fils nommé Benoni, naturalisé avec Pierre en Angleterre le 2 Juillet 1684 (Vol. II, p. 56, ft. 4). D'après cette information, l'on peut déterminer que Reverdy alla à Londres avant la Révocation et y était déjà installé quand il décida d'aller à New York.

Elie Nezereau, né à la Rochelle en 1639, fut naturalisé anglais le 20 Mars 1686. Baird le décrivit comme un marchand prospère et mentionna qu'il lèga à l'église de Peiret une donation pour les pauvres (Vol. I, p. 290, ft.7).

Retraçons maintenant le voyage du navire anglais Robert de Londres à New York. D'après les registres du vaisseau, nous savons qu'il quitta Londres entre le 4 et le 18 Août 1687. D'après un autre rapport nous savons que le groupe de Peiret était à bord et qu'il arriva à New York en Octobre, ou au moins avant le 10 Novembre 1687.

L'arrivée de Peiret en Amérique fut documentée dans deux sources. Dans l'introduction du Rev. Alfred Wittmeyer (p. xxi de l'édition de 1886), nous trouvons ce qui suit: "Il (Peiret) arriva à New York pas plus tard que le 10 Novembre 1687, date à laquelle nous avons un affidavit par lui et deux de ses compagnons, Pierre Reverdy et Michael Pare, en référence à la mort accidentelle en mer de Richard Burt, le Capitaine du Robert sur lequel ils étaient venus de Londres". La seconde source est citée dans Baird (Vol. 1, p. 290, ft. 7) où référence est faite à Elie Nezereau: "Il (Nezereau) fut naturalisé anglais le 20 Mars 1686, et vint sur le Robert, avec Pasteur Peiret, en Octobre 1687". Il est très probable que l'arrivèe fut réellement en Octobre. Les Minutes du Calendrier du Conseil de (la Colonie de ) New York, 1668-1783 (p. 56) montrent qu'à la réunion du Conseil du 10 Novembre, après une pétition de Samuel Burt, frère du Capitaine décédé, Pierre Peyre (Peiret), Pierre Reverdy et Michael Peck (Pare) témoignèrent de sa mort par noyade.

Cadier aussi mentionna que Peiret alla de l'Angleterre à l'Amérique sur le Robert avec Elie Nezereau, mais sans citer ses sources. Comme Cadier connaissait les travaux de Baird, nous assumons qu'ils sont la source de ses informations sur Peiret.

A l'époque, les anglais n'avaient pas coutume d'enregistrer les gens libres sur leurs registres de voyages, limitant leurs entrées aux noms du navire, du capitaine, des gens qui envoyaient des marchandises et à la destination. Donc, les registres du Robert pour ce voyage particulier montrent "4-18 Août 1687: Expéditeurs par le Robert, M. Richard Burt, en route de Londres à New York: Walter Bentall, Robert Plumstead, William Prince, Thomas Ashfield, Robert Hacks, Henry Lacount" (Le Livre Complet des Emigrants, 1607-1776, CD des Archives Familiales. L'entrée a le numéro PRO: E190/147/1 des registres maritimes de Londres).

Butler aussi constata l'absence de liste de passagers Huguenots arrivant en Amérique entre 1680 et 1700 (p. 46). Une revue des listes disponibles de l'époque confirme ce constat. Ainsi les anglais n'enregistraient que les noms du capitaine du navire et ceux des marchands accompagnant leur marchandise pour la vendre. Exception était faite pour les passagers envoyés aux colonies sous l'autorité de la Couronne, comme dans le cas de criminels pardonnés et de femmes ou enfants délinquents, ou bien, quand un contrat légal existait, les apprentis et les serviteurs sous contrat. Quand on examine ces listes de passagers, occasionellement on trouve des réfugiés français venant aux colonies comme apprentis et quelques expéditeurs. Par exemple, l'arrivée à New York de Jean Barberie, qui devint un membre important de l'église de Peiret dont nous parlerons plus loin, fut enregistrée le 24 Avril 1688. "Le Livre Complet des Emigrants" donne l'entrée suivante: "14 Février - 24 Avril 1688: Expéditeurs par le Marchand de Bordeaux, M. Lawrence Sturman, Capitaine, destination Londres à New York" où Jean Barberie est nommé dans la liste des expéditeurs. PRO: H190/145/1. Pour cette raison et à cause de la description de Barberie plus loin, nous assumons qu'il n'avait pas besoin de l'assistance du Comité de Soutien pour venir en Amérique. Il serait arrivé après Peiret, mais pendant que le pasteur encore était en train d'organiser sa congrégation.

L'absence du nom de Jean Latourrette sur la liste des passagers du Robert, n'est donc pas surprenante. On n'y trouve pas non plus les noms de Peiret, Reverdy, Pare, Nezereau ni des membres de leurs familles les accompagnant. Seuls quelques uns des noms des 1 500 à 2 000 réfugiés protestants français, que Butler estima être venus en Amérique entre 1685 et 1700, seraient trouvés sur des listes de passagers. On sait beaucoup sur ces passagers après leur arrivée, aussi bien que sur leurs origines en France, par les registres de mariages, baptèmes et décés et les registres civils. Mais il est rare de trouver évidence de leur passage proprement dit en Amérique. Baird savait par d'autres sources que Peiret était venu sur le même bateau que Nezereau (Vol. I, p. 290, ft. 7). Mais il ne semblait pas savoir que ce fait est corroboré par l'affidavit exceptionnel que Peiret signa suite à la mort du Capitaine du navire. Ainsi Peiret, Reverdy, Paré, Nèzereau et Barberie sont parmi les rares noms, hormis ceux identifiés dans des bibles familiales, ou dans des histoires racontées au cours des années, auxquels nous pouvons associer les dates de voyage, les ports de départ et d'arrivée, et le nom des navires qui les amenèrent en Amérique entre 1685 et 1700.

NEW YORK APRES 1687

Dans sa description de l'arrivée de Peiret à New York sur le Robert, Wittmeyer remarqua: "Immédiatement après son arrivée il rassembla autour de lui ses compagnons réfugiés, qu'il organisa en une église indépendante sous le nom d'Eglise Françoise à la Nouvelle York -- ou Eglise Françoise des Réfugiés à la Nouvelle York" (p. xxi). D'ici Novembre 1688, l'église était établie et construite sur Petty-Coat Lane (dans ce qui est maintenant le bas Manhattan). Les premières entrées dans les Registres de l'église furent deux baptèmes le 4 Novembre 1688. Certains Huguenots qui devinrent par la suite des membres importants de la communauté de New York étaient associés avec la fondation et le soutien de l'église pendant le ministère de Peiret (1687-1704). Le 30 Décembre 1690, une lettre de pétition à l'Evêque de Londres adressée par Pierre Reverdy, venu avec Pasteur Peiret sur le Robert, fit état de 200 familles françaises à New York (voir Wittmeyer, xxiv). Maynard estima qu'il y avait 250 réfugiés français dans la paroisse dans les premières années (1688-89) ce qui est consistant avec le nombre de 200 familles citées par Reverdy. Il ajouta qu'il y avait de 700 à 800 familles avant 1700 (voir Maynard, P. 75). Un autre nombre donné par Maynard pour 1697 (p. 69) estimait qu'environ 600, ou 15 pour cent, de la population de 4 000 à New York étaient français.

La taille de la population française à New York confirme qu'il y avait une opportunité toute faite pour Pasteur Peiret d'y construire une église qui servirait la communauté, quand il arriva à New York. Un seul autre ministre, Pierre Daille, l'avait précédé en 1682, mais celui-ci ne semblait pas avoir la motivation de Peiret, ses talents politiques ni ses capacités d'organisation. En fait, la congrégation de Daille finit par être absorbée par celle de Peiret en 1692. Voir l'Introduction de 1886 de Wittmeyer, par exemple, qui offrit une description de la communauté religieuse Huguenote de New York avant Peiret. L'explication donnée ici du succès de Peiret est une simplification de l'environnement complexe de New York à l'époque. Ceux intéressés dans une compréhension plus complète de la situation devraient lire le chapître de Butler 'New York: Réfugiés dans un Chaudron Ethnique' (pp. 144-198), qui est bien recherché et documenté.

La propriété de l'église à Petty-Coat Lane (plus tard Marketfield Street) fut décrite par Wittmeyer comme étant d'environ 29 pieds par 49 avec environ 3 pieds réservés pour une allée commune, (environ 9 mètres sur 15 avec une allée d'1 mètre). Un dessin de cette église peut être vu sur:

http://www.huguenotsocietyofamerica.org/pchurch1.html

Il est probable que cette église était faite principalement de bois, étant donné la rapidité avec laquelle elle fut construite. A part le dessin et les dimensions, aucune description du bâtiment n'est donnée. La seconde église, bâtie en 1704, est clairement décrite comme étant de pierre. La même séquence fut suivie à New Rochelle: d'abord une église de bois en 1692, puis une église de pierre en 1710.

L'église de Petty-Coat Lane était à peu près de la même taille que le temple Protestant d'aujourd'hui à Osse, qui fut restauré en 1805. Le temple Bethel, connu de Peiret et de Jean Latourrette quand ils partirent d'Osse, avait dû être détruit par les Protestants eux-mêmes par ordre de la Cour du Roi en 1686 (Cadier, p. 206). Ces temples à Osse et à New York sont de taille très similaire à celui que Jean Latourrette construisit plus tard sur Staten Island après 1698. L'église de pierre bâtie par Latourrette et quatre autres familles Huguenotes de Staten Island mesurait, d'après les ruines, environ 32 pieds sur 45 (9,5 mètres sur 13,5 mètres), avec un petit presbytère de pierre séparé et un cimetière avec 200 pierres tombales.

Sous la commande des troupes britanniques, Hessians détruisit l'église et les pierres tombales en 1776, pendant la Révolution Américaine, parce que les Latourrette et d'autres Huguenots comme les Mercereau se battaient pour la révolution. "John et Peter Latourrette vivaient à Fresh Kills. Ils étaient de grands patriotes, et, quand les anglais arrivèrent, ils s'enfuirent en New Jersey, d'où ils visitaient Staten Island fréquemment à bord de baleinières" (Bayles, p. 243). Des articles de journaux de l'époque imprimés à New York, alors occupée par les anglais, rapportaient les exploits de Peter qui harassait constamment les anglais lors de ses "visites". La première maison Latourrette à Fresh Kills, dans le Comté de Richmond, sur Staten Island, probablement construite autour de cette même époque, était aussi de pierre et, apparemment, la maison la plus proche de l'église (Fresh Kills est aussi le nom d'un estuaire qui prend sa source dans les collines boisées d'une moraine de glacier. Pour Jean, ce très beau site de sources vierges peut lui avoir rappelé Osse, qui se trouve dans la vallée d'un ancien glacier découpée par les eaux claires et rapides de la Larricq. Il y a là maintenant un terrain de golf publique, le Parc Latourette). La maison fut détruite peu après 1890 mais une photo de la structure de pierre en a été préservée (voir Bayles, P. 92-5). Il y a une bonne description de l'église et de la maison de Jean Latourrette dans les "Compilations" de Mme Jacob de 1965 -internal pp. 2-3 sous La Tourette. Une photo de la maison Latourrette se trouve dans les "Annales" de Lyman, p. x. Voir aussi "Les Annales", pp. 21-3 pour les descriptions de la maison et de l'église.

Les noms associés avec l'église de Staten Island avaient aussi été inscrits dans les "Registres" de l'église de Peiret à New York. Un acte notarié fut signé le 12 Avril 1698 et enregistré dans le Comté de Richmond le 22 Mai 1698. Cet acte transfèra à la "Congrégation Française résidant maintenant dans le Comté de Richmond" un acre de terrain (un peu plus de 4 000 m2) de John et Hester Belvealle, en la présence (noms tels qu'ils apparaissent sur les papiers officiels) de Jacob Corbett, D. Lucas, Jeyn la Tourritte, Joseph Bastidoe et Samuel Grasset (la transcription complète du transfert apparait dans Bayles, pp. 92-3). Dans les "Registres", les entrées de l'église de New York et l'histoire de l'église par Maynard, nous trouvons, avec des variations d'épellation, les noms de Corbett, Lucas, Grasset, le convoyeur de propriété Belvealle, et, bien sûr, Jean Latourrette. John Belvealle apparait comme Jean Belleville de L'Ile de Ré, dans Maynard (p. 99). Baird révèla qu'il était venu en Amérique de St Martin en Ré, peut-être avant 1670, année où il devint membre de l'Eglise Hollandaise de New York (voir Vol. I, p. 305, ft. 4). Bastidoe n'est pas trouvé dans ces registres, mais apparait comme Joseph Bastedo (âgé de 49 ans) sur le soit-disant Census de Staten Island de 1706, qui donnait Jean Latourrette comme John Turet (âgé de 55 ans) et Hester Belvealle pour Hester Belvil. (C'est ce census, énumèrant les membres de la famille Latourrette comme Turet, qui fut utilisé pour estimer l'année de naissance de Jean à Osse en 1651. A l'évidence, quelques unes des entrées du census auraient pû être faites un an ou deux plus tôt, ce qui changerait légèrement l'année de naissance.) Bastidoe/Bastedo est un nom du sud-ouest de la France -dont l'origine est bastide, du provençal bastido- une ville forte du Moyen-Age. On peut considèrer que l'église de Staten Island était un sous-produit de l'église-mère de Peiret à Manhattan. Avec les racines de Jean Latourrette liées à Osse et au Pasteur Peiret, les commentaires de Baird sur la famille Grasset confirment cette perspective. Il réfère au père de Samuel Grasset, Augustus, qui fut naturalisé avec sa femme Mary en Angleterre le 8 Mars 1682 et arriva à New York dès 1689, comme étant "l'un des 'chefs de famille' de l'Eglise Française" (Vol. I, p. 289 ft. 1). Comme noté plus haut, Butler croyait que la famille Grasset était venue à New York en 1682/3. Baird simplement mentionna les trouver à New York en 1689.

D'après le census, sur lequel le nom de la famile Latourrette apparait, il y avait 100 adultes et 72 enfants français sur Staten Island à l'époque. Ceci suggère une communauté Huguenote à Richmond relativement petite juste après le début du siècle. Le ministre y était David de Bonrepos, reporté être à Staten Island depuis 1694. Révérend Bonrepos avait servi à Boston (1686-88), New Rochelle (1689-93) et New Paltz (1693).

Retournant à l'Eglise Française de New York, nous remarquons que le mariage de Jean Latourrette à Marie Mercereau, le 16 Juillet 1693 et les baptèmes de quatre de leurs enfants, Marie, Jean, Pierre et David, apparaissent dans les "Registres" de l'église, le dernier étant le 7 Janvier 1700. Les autres enfants furent baptisés à Staten Island, suggèrant que l'église à Fresh Kills ne fut terminée qu'après la naissance et le baptème de David. Jean fut aussi un témoin (parrain) à deux baptèmes en Juin et Juillet 1693, dont l'un avec Marie Mercereau comme marraine le jour de leur mariage. (Dans un autre texte, nous confronterons l'interprétation des registres de l'église par Lyman Latourrette qui laissa supposer que Jean et Marie furent mariés plusieurs années plus tôt en France).

Dans les Registres de l'église, Jean Latourrette signait son nom avec deux "r", une forme encore utilisée par de nombreux descendants et autres parents en France, en Amérique, en Amérique du Sud et dans d'autres pays. Il est approprié de noter ici que la plupart des réfugiés français qui vinrent en Amérique à l'époque et furent membres de l'église de Peiret, hommes aussi bien que femmes, signaient leurs noms, suggèrant de ce fait qu'ils étaient lettrés. La présence des femmes aux cérémonies de l'église reflète aussi le haut degré de participation que les femmes protestantes françaises avaient dans les activité religieuses et communales, un rôle qu'elles perpétuent en Amérique. La signature de Jean confirme davantage l'éducation que l'on assume il avait reçue en tant que membre de la communauté protestante d'Osse.

Les registres de l'Eglise Française de New York reproduits par Wittmeyer contiennent plusieurs variations du nom de Jean Latourrette inscrit par Pasteur Peiret: Jean La Tourette, Jean de la Tourette, Jean Latourette et Jean latourette. Comme nous le verrons ci-après, quand il fut naturalisé à New York en 1695, le nom fut signé avec un double "r" comme dans La tourrette. Passant en revue les registres du Temple Protestant d'Osse-en-Aspe, des variations similaires apparaissent dans les "Actes du Consistoire de l'Eglise", commençant le 5 Mai 1664 tout du long jusqu'à la fin des registres le 16 Avril 1685, juste avant que Peiret s'enfuie d'Osse. Dans des entrées en 1668, 1669, 1674, 1681 et 1683, par exemple, le nom parait comme Jean de la Tourrette; la Tourrette, notaire; de la Tourrette, notaire; La Tourrette, Notaire; de La Tourrette, notaire; David Latourrette; de Latourrette; et David de latourrette, mais toujours avec le double "r". L'usage du double "r" est compatible avec le Béarnais qui roule les r dans la prononciation du nom. Donc, l'argument de Lyman dans "Les Annales des Latourrette en Amérique", 1954 (p. 3) que le double "r" est l'ancienne forme du nom est correcte.

L'usage du double "r" dans le nom de Jean est confirmé aussi par une inspection des registres originaux de l'Eglise du St Esprit à New York. Les photostats, que Maynard mentionnait (p. 12), sont généralement en bon état; ils ont été examinés et copiés comme présentés ci-après. Les sources originales étaient les registres de mariages et de baptèmes publiés par Wittmeyer en 1886. Alors que Maynard aussi bien que Wittmeyer épelaient le nom avec un seul "r", Jean La tourrette (la forme trouvée dans les dossiers originaux) signait toujours son nom avec un double "r" (comme le mentionna Lyman Latourrette dans ses "Annales"), quand il demanda sa naturalisation en 1695. Des signatures représentatives de La tourrette, issues des registres de l'Eglise du St Esprit, sont reproduites ici, ainsi que les signatures de Marie Mercereau et de Pierre Peiret.

Les signatures suivantes sont celles de Jean et Marie à leur mariage, le 16 Juillet 1693. La signature de Peiret est typique de ce que l'on trouve dans les registres de St Esprit.



La signature ci-dessous fut enregistrée au baptème de son fils Jean le 20 Octobre 1695.



La signature de Jean ci-dessous date du baptème de son fils Pierre le 28 Novembre 1697. (Par erreur dans cette entrée Pierre Peiret identifia Pierre comme le fils de "Pierre" Latourette et Marie Mercereau).



Toutes les signatures de Jean comportaient le double "r", et ainsi, étaient consistantes avec celles des registres du Temple d'Osse entre 1665 et 1685.

Lyman Latourrette cita une lettre écrite par un Révérend James A.M. LaTourette à Mme Sarah Atwater Goodyear, datée du 12 Mars 1897, dans laquelle on trouve ceci "Le nom de Jean LaTourette est enregistré comme un des deux anciens de l'Eglise française de Pine Street, New York, en 1690". Malheureusement il ne cita aucune source, bien qu'il soit possible que le Révérend LaTourette, un ministre sur Staten Island dans les années 1850, et plus tard un aumônier de l'Armée, possédait des informations qui l'amenèrent à cette conclusion. Il est certain, comme indiqué dans les "Annales" de Lyman, qu'il avait dédié une grande partie de sa vie à retracer la généalogie de la famille. En outre, il peut avoir trouvé ses informations dans les recherches faites à l'époque par, entre autres, Wittmeyer et Baird et grâce à l'intérêt croissant en l'histoire des Huguenots en Amérique, avec la fondation de la Société des Huguenots d'Amérique en 1883 par Wittmeyer ("Annales", Ch. XIV. "La Lignée Latourette telle que donnée par Rév. James A.M. Latourette, vers 1882"). Cependant, la première église construite en 1688 était sur Petty-Coat Lane. La seconde église ne fut construite qu'en 1704. De plus, on ne trouve pas le nom de Jean Latourrette comme ancien, dans les registres de l'église durant cette période. On trouve seulement trois personnes qui s'identifiaient elles-mêmes comme anciens dans les cérémonies de l'église durant la période de 1689, 1690 et 1691: Jean Barberie, Elie Boudinot et Gabriel le Boyteulx. Quand ils signaient les registres de l'église ils n'ajoutaient pas toujours le terme "ancien" après leur nom. En 1689, par exemple, "ancien" n'est trouvé qu'après quatre sur onze des signatures de Boudinot. La même chose peut être vérifiée avec Barberie et Le Boyteulx. A la lecture des registres de 1690, nous trouvons que les signatures de Barberie et Le Boyteulx ne sont suivies par "ancien" qu'en Janvier, Février et Mars. Cela semble apporter un doute considèrable sur l'assessment de Révérend LaTourette que Jean Latourrette était un de deux anciens cette année-là. Cependant, puisque l'Angleterre resta sur le vieux calendrier (Old Style) jusqu'en 1752, nous devons considèrer que la référence pourrait se rapporter à la période allant du 25 Mars 1690 au 24 Mars 1691, sur le nouveau calendrier (New Style). Pendant cette période on ne trouve aucune signature avec un statut d'"ancien". (Commençant avec les premiers registres en 1688, Peiret suivit le nouveau calendrier, dont l'année commençait le 1er Janvier, parce que la France avait adopté ce calendrier plus de 100 ans auparavant. C'est seulement en 1692/93 que les registres montrèrent l'usage des deux calendriers). Donc un examen des Registres de l'église n'est pas concluant sur le statut d'ancien de Jean Latourrette en 1690. Bien qu'il ne possèdat pas la richesse des trois anciens cités plus haut, ses racines Latourrette et son éducation évidente l'auraient qualifié pour devenir un ancien ou un diacre. D'après les registres de l'église il est clair aussi qu'être un artisan expérimenté n'empêchait pas de tenir une position dirigeante dans la communauté religieuse. Par exemple, Gilles Gaudineau(x), identifié par Maynard comme un maçon dans les mêmes groupes d'entrées que celles où Jean Latourrette était identifié comme charpentier, écrivit "ancien" après sa signature en 1692 et 1693 (Maynard, p. 80 et "Registres", p. 22 et 27).

La question de savoir si Jean était un ancien en 1690 est importante pour ajouter des preuves qui corrigeraient l'allégation, aussi bien dans les "Annales" de Lyman que dans les notes de Mme Jacob, que Marie Mercereau et peut-être aussi Jean Latourrette auraient fait partie du massacre de Schenectady en Février 1690. Aussi, la réponse pourrait corroborer le fait que Jean n'était pas un membre de la Colonie de Rhode Island. Ces deux questions sont considèrées dans un autre texte.

Au cours des 300 dernières années, Lyman Latourette, Mme Jacob et d'autres intéressés dans le pourquoi et le comment Jean Latourrette vint en Amérique ne furent pas capables de l'associer avec Peiret. Comme constaté plus tôt, cela est principalement dû à l'assomption erronée que Peiret était de Foix, plutôt que de Pontacq. En ne réalisant pas que les deux hommes venaient d'Osse, ils ne recherchèrent pas les registres de l'Eglise Française pour voir ce qu'ils pourraient révéler sur Latourrette et ses origines.

Dans l'histoire par Maynard, Jean travaillait comme charpentier de l'église au printemps 1693. Citant les registres des Comptes de Collections et Dépenses, Mars 1693 -Avril 1699 tenus par Gabriel Le Boytealx (aussi épelé Le Boisteulx et Le Boyteau), Maynard dit:

"Une autre dépense paraît sur ce compte. Jean Latourrette, charpentier, gagna 7 shillings et 3 pence (pennies) pour 'avoir fait le sol du temple et procuré le fer forgé' (7 Avril 1693). Puis il alla travailler sur la galerie pour laquelle il fut payé 12 livres 13 shillings et 6 pence (26 Juin 1693). La somme incluait les matériaux et le labeur" (voir Maynard, p. 80. Le premier projet fut cité dans les "Annales" de Lyman avec une année et une page de référence dans Maynard, toutes deux incorrectes. Le fait que Lyman cita, en passant, ce projet particulier, beaucoup moins significatif, renforce l'argument qu'il ne comprenait pas le lien entre Jean et Peiret).

La construction de la galerie de l'église fut une entreprise majeure, constata Wittmeyer. "Le bâtiment, auquel fut ajoutée une galerie en 1692, peut avoir contenu entre 300 et 400 personnes assises" (Introduction, xxii). Maynard corrigea cette date de 1693 (voir p. 80). Le montant du labeur plus les matériaux, utilisant la même comparaison que plus haut, serait l'équivalent d'environ 300 jours de main-d'oeuvre à l'époque.

L'inspection d'une photocopie du livre de comptes original de Boyteulx à St. Esprit révéla une autre entrée montrant Jean LaTourette (comme dans le texte) faisant des travaux supplémentaires pour l'église en 1695. Il fut payé 10 shillings et 6 pence pour "deux fenêtres soigneusement choisies comme queque chose d'autre à faire pour le Temple" (entrée datée 17 Décembre 1695). Il est possible qu'il y ait eu d'autres entrées sur Jean Latourrette dans ce livre de comptes qui ne fut pas photocopié clairement dans certains cas, et donc est plus difficile à lire, surtout en français pour cet auteur américain, que les "Registres" de mariages, baptèmes et décès que nous avons cités auparavant.

Ses talents de charpentier, le travail documenté ici que Jean fit pour l'église et la part importante qu'il prit à la construction de l'église de Staten Island suggèrent qu'il avait très vraisemblablement joué un rôle majeur dans la construction de la première église de Peiret sur Petty-Coat Lane en 1688. Une recherche de documentation supplémentaire sur la première église pourrait donner une réponse définitive à cette question et révéler davantage de détails sur l'église elle-même. L'achèvement de la première église en moins d'un an après son arrivée suggère que Peiret avait apporté avec lui les ressources et talents requis pour non seulement former rapidement une congrégation et réunir le capital nécessaire, mais aussi qu'il avait à sa disposition les artisans capables de bâtir la structure.

Plusieurs réfugiés Huguenots importants étaient actifs dans l'église de Peiret. Les noms de réfugiés, identifiés par Wittmeyer, Baird et surtout Butler (voir pp. 157 et 183) comme marchands et citoyens notables de New York au cours de la dernière décade du 17 ème siècle (1690-1700), et qui apparaissent fréquemment dans les "Registres" de l'église (voir Wittmeyer) comme "anciens" et témoins aux mariages et baptèmes, sont:

Elie Boudinot (ancien), qui tenait un livre de comptes des reçus et dépenses pour l'église entre 1689 et 1693, en était un membre dirigeant. Boudinot, un veuf originaire d'une famille notable de Marans, près de La Rochelle (Baird, Vol. I, pp.298-300), épousa le 6 Novembre 1686 à Londres, Susanne Papin, la veuve d'un autre Huguenot bien connu de La Rochelle, Benjamin d'Harriette (Baird, Vol.I, p. 288, ft. 6). Il semblerait qu'ils partirent pour l'Amérique l'année de leur mariage, mais il n'est pas clair si ceci réfère au nouveau ou à l'ancien calendrier, ce dernier terminant l'année le 24 Mars. Les registres de l'église suggèrent qu'il en était un contributeur majeur. Boudinot apparut comme un ancien dès les deux premières entrées dans le "Registre" de l'église en 1688. Son petit-fils fut un personnage illustre de la Révolution, servant comme président du Congrès Continental. Malheureusement, le livre de comptes de Boudinot n'a pas été retrouvé, bien qu'il fut cité par Maynard dans son histoire de l'église de 1938.

Jean (John) Barberie (ancien) était un marchand prospère, qui fut actif avec l'église dès le début. Baird décrivait Barberie comme un marchand entreprenant, qui était engagé politiquement. Il était aussi l'un des fondateurs principaux de l'église (Vol. II, p. 139, ft.4). De plus, selon Maynard, Barberie contribua financièrement au coût de la galerie de l'église construite par Jean Latourrette en 1693 (p. 80).

Il serait très intéressant de savoir si Peiret avait rencontré Barberie ou Boudinot pendant la période relativement courte durant laquelle il était à Londres. Notre analyse suggère que ces deux hommes, qui plus tard devinrent dirigeants importants de l'Eglise Française de New York, étaient à Londres entre Octobre 1686 et Août 1687. Donc, ces contactes, s'ils prirent place, auraient pu être un élément important de la décision de Peiret et Latourrette de quitter Londres pour New York, en Août 1687.

Il est important de noter que Barberie et Boudinot furent tous deux témoins au mariage de Jean Latourrette et Marie Mercereau le 16 Juillet 1693. Ceci suggère une relation proche entre Jean et deux des fondateurs principaux de l'église, ce qui serait le cas s'il accompagnait Peiret depuis Osse et joua le rôle que nous avons décrit dans la construction de l'église.

Gabriel LeBoyteulx (ancien) était un autre marchand prospère, qui tint le livre de comptes de l'église de March 1693 à Avril 1699. C'est ce livre, cité par Maynard, qui montre deux projets que Jean Latourrette accomplit pour l'église au printemps 1693, y compris l'addition de la galerie pour accomoder une congrégation grandissante. Comme nous l'avons déjà noté, le livre de comptes montre un autre projet terminé par Jean en 1695.

On trouve aussi les noms de Jean Pelletreau, Jean Papin, Paul Droilhet, François et Jean Vincent ainsi que des membres de leurs familles, énumèrés fréquemment aux cérémonies de baptèmes et mariages dans les "Registres" de l'église (Wittmeyer). Le nom du notable Etienne de Lancey apparait comme un ancien, un diacre et un témoin de baptèmes en 1688 et 1689. Au cours des années plusieurs entrées portent le nom De Lancey. Etienne, dans de nombreux registres en dehors de l'église signait son nom Stephen De Lancey, ce qui est la forme la plus fréquente pour l'identifier. Aussi, le nom du fameux Auguste Jay et les membres de la famille Jay furent enregistrés lors de nombreuses cérémonies. D'autres noms de l'église, tels que Gabriel Minville (Minvielle) paraissent sur des pétitions importantes, signées par Barberie, Boudinot, De Lancey, Boyteulx, etc..., au gouverneur anglais (16 Mai 1690 après le massacre de Schenectady). Ainsi, plus de la moitié des principaux marchands et citoyens Huguenots de l'époque, identifiés par Wittmeyer, Baird et Butler, étaient associés de près à l'église de Peiret durant son ministère à New York de 1687 jusqu'à sa mort en 1704.

LES PREMIERES ANNEES DE L'EGLISE FRANCOISE A LA NOUVELLE YORK

Ce qui suit est une description des premières années de l'Eglise Française de New York. Etant donné cette description, on peut imaginer que, quand les 200 environs Huguenots se rassemblaient pour la messe, la scène n'était pas très différente de ce qu'on aurait vu à Osse quelques 20 ans plus tôt, avant la persécution sans merci que Louis XIV commença en 1662 (voir Weiss, Vol.I, Book I, Ch. III). D'après Cadier, nous savons qu'il y avait 75 familles protestantes à Osse et 28 à Issor en 1665, et il semble que Pasteur Peiret visitait encore Issor en 1685 (p. 140). Basées sur ces comparaisons les congrégations d'Osse en 1665 et de New York en 1690 étaient approximativement de la même taille. En 1695, cependant, il est estimé que la congrégation de New York avait déjà atteint environ 200 familles, ce qui explique le besoin d'ajouter une galerie en 1693 (Butler, p. 147). L'addition coïncida avec l'émergence en 1692 de la congrégation servie par Pasteur Daille, qui s'était jusque là réunie en ville à Fort George. Il semble donc, que ce groupe plus que compensa la perte de la congrégation de New Rochelle, qui construisit sa propre église en 1692.

"C'est en l'année 1688 que les français construisirent la première maison de culte pour leur propre usage. C'était une chapelle très humble sur Marketfield Street (précédemment Petty-Coat Lane), près de la Battery, et c'est là que, chaque jour de Sabbat, les gens s'assemblaient de vingt miles à la ronde (32 kilomètres), venant de Long Island, Staten Island, New Rochelle, et autres endroits, pour la messe publique. Chaque rue du quartier était pleine de chariots dès le samedi soir, et nombreux étaient ceux qui y passaient la nuit et y mangeaient leur repas frugal du dimanche, présentant un spectacle touchant de pureté et de zèle. (Section omise).

Cette maison (du culte) s'avèra être trop petite, et ils furent autorisés à acheter du terrain pour une seconde plus grande, un édifice de pierre simple, presque carré, qui fut construit en 1704, directement en face de la Maison des Douanes sur Pine Street" (Lucian J. Fosdick, "Le Sang Français en Amérique", p. 226).

Une autre histoire qu'il faut raconter est celle des peines que prirent les Huguenots de New Rochelle pour célébrer leur culte dans l'église de Peiret, avant qu'ils fussent capables d'en construire une dans leur communauté en 1692. Signalons que, même sans ce groupe, l'église de Petty-Coat Lane (Marketfield Street) devait être aggrandie en 1693 pour accomoder une congrégation grandissante, en partie parce qu'elle absorba le groupe qui s'était auparavant réuni avec Révérend Pierre Daille à Fort George, partageant cet endroit de réunion avec d'autres groupes, et en partie pour accomoder les Huguenots qui continuaient d'arriver à New York.

L'usage de l'Eglise Française de New York par la congrégation de New Rochelle explique aussi comment Jean Latourrette et Jean Chadeayne se rencontrèrent. Après la dispersion de la Colonie de Rhode Island, il semble que Jean Chadeayne et sa famille s'installèrent à New Rochelle (Baird, Vol. II, p. 310. Remarque: Baird utilisait la variation "Chadaine"). Cependant, le nom Chadeayne apparut dès 1691 dans les registres de l'Eglise Française de New York et plusieurs fois par la suite, y compris lors du mariage de la fille de Jean Chadeayne, Marie à Josué Mercereau, le même jour que le mariage de Jean Latourrette à Marie Mercereau. Il semble donc que Jean Chadeayne était associé de plus près à l'Eglise de New York qu'à celle de New Rochelle. Ceci donne une meilleure explication de la relation entre Jean Latourrette et Jean Chadeayne, qui lui aussi, plus tard, s'installa à Staten Island, niant la théorie de Mme Jacob que Jean Latourrette faisait partie de la Colonie de Rhode Island. De plus, il y a plusieurs autres raisons pour lesquelles sa théorie ne tient pas le test des preuves, y compris le fait que Jean Latourrette était à Londres quand la Colonie fut fondée, comme démontré plus tôt.

"Au début, les pionniers de New Rochelle ne furent pas capables de se construire une église. Pendant les trois premières années ils assistèrent au service de communion à l'Eglise Française de New York, sur Marketfield Street. De New Rochelle à New York la distance était de 23 miles (près de 37 km) par la route, et les réfugiés admirablement démontrèrent leur dévotion à leur foi en marchant la distance entière aller et retour pour prendre part au Souper du Seigneur. Certaines des femmes et les enfants les plus faibles étaient placés dans des charrettes grossières que les immigrants possédaient, et alors le convoi pittoresque s'en allait sur son long voyage vers l'église, les hommes et le reste des femmes marchant le long des charrettes, plusieurs d'entre eux pieds nus, bien que tous se rejouissant, et montrant sur leur visages heureux et par les hymnes résonnants qu'ils chantaient, qu'ils prenaient leur privations à la légère. Tous les petits maux étaient engloutis par le grand bien pour lequel ils ne se lassaient jamais de remercier Dieu -- la liberté d'adorer Dieu ouvertement et sans l'ombre d'une crainte, et le savoir qu'ils étaient en train de préparer le même héritage pour leurs enfants et pour les enfants de leurs enfants. Mais il ne faut pas penser que ces exilés n'aimaient pas leur pays d'origine. Ils avaient quitté la France avec regret dans leurs coeurs, et souvent se tournaient vers leur ancienne patrie avec pitié et nostalgie. D'un vieil homme on raconte que chaque soir au couchant il se rendait sur la rive du Détroit, regardait par dessus l'eau en direction de la France et chantait un des hymnes de Marot, ses larmes tombant lentement sur le sable à ses pieds. Peu à peu d'autres le rejoignaient, jusqu'à ce qu'il y ait là, chaque jour, un petit groupe d'exilés priant et chantant" (Fosdick, pp. 135-6).

(Pour d'autres citations similaires à celle-ci et sur le cadre de l'Eglise française de New York, voir Lucian J. Fosdick, "Le Sang Français en Amérique", 2ème Partie, Chap. 2, L'Eglise Française de New York, p. 226 et pp. 235-6 et Hannah F. Lee, "Les Huguenots en France et en Amérique", Vol.II, pp. 99-105).

REMARQUES DE CONCLUSION

Avec la perspective de plus de 300 ans depuis la fondation de l'Eglise Française de New York, Butler presenta une description détaillée et une analyse des fortunes de l'église que Peiret avait créée. Jusqu'à sa mort en 1704, il fut la force qui porta l'église vers l'avant. Considérant les comparaisons que Butler fit des trois centres majeurs de Huguenots en Amérique avant 1700, New York, Boston et la Caroline du Sud, on peut conclure que pour cette période l'Eglise Française de New York fut la plus prospère. En 1695, il y avait 200 familles fréquentant l'Eglise Française, "Ce qui la fit la deuxième plus grande congrégation de la ville, à la moitié de la taille de l'Eglise Réformée Hollandaise qui avait 450 familles, mais deux fois plus large que la congrégation Anglicane avec ses 90 familles" (Butler, p. 147).

Butler donna un sommaire excellent de ce ministère en plein essor, "Peiret créa à New York une congrégation de réfugiés exceptionnellement forte ---- L'usage des Huguenots de l'Eglise Française comme centre de rites offre la meilleure évidence de la bonne santé de la congrégation dans les années 1690" (p. 161). Il constata que Peiret officia à 40 mariages entre 1690 et 1704, y compris celui de Jean Latourrette et Marie Mercereau en 1693, et, pendant la même période, les baptèmes atteignirent une moyenne de 23,4 par an. Il faut aussi signaler que, contrairement à ce qui se passa après sa mort, il récupèra quelques uns des Huguenots qui avaient épousé des non-Huguenots, en baptisant leurs enfants (Butler, p. 161).

Pour un grand nombre de raisons décrites par Butler dans son chapître de conclusion, 'Partout où ils s'enfuirent, partout ils disparurent', les Huguenots furent absorbés dans une société Américaine dynamique, même avant la Révolution Américaine. Un des facteurs majeurs, dont parla Butler, fut l'assimilation rapide des Huguenots dans le tissu de la société américaine par mariages exogames (en dehors du groupe de réfugiés protestants français), lesquels augmentèrent rapidement après la mort de Peiret en 1704. "Les mariages exogames des Huguenots se multiplièrent en dehors de l'Eglise Française après 1710" et "entre 1750 et 1759 --- 87,1 pour cent des mariages Huguenots étaient exogames" (p. 187).

Bien qu'il y eut plusieurs mariages entre les premières générations de Latourrette, Mercereau et autres Huguenots en Amérique, les petits-enfants de Jean et Marie entrèrent eux aussi dans des mariages exogames. En outre, autour des années 1730, plusieurs de ces petits-enfants furent baptisés à l'Eglise Hollandaise Réformée de Port Richmond. Il devrait être mentionné ici que l'église de Richmond que Latourrette aida à construire fut fermée après le décès de Pasteur de Bonrepos en 1734, longtemps avant qu'elle fut détruite en 1776. A propos de cette fermeture, Butler révéla que de nombreux membres de la congrégation s'étaient déjà tournés vers d'autres églises, dont l'Eglise Hollandaise Réformée de Port Richmond (p. 192).

L'affiliation de la famille de l’auteur -descendant de Pierre, fils de Jean et Marie, né en 1697- avec l'Eglise Hollandaise Réformée se continua de Port Richmond à Readington, New Jersey, au milieu des années 1700 et se prolongea tout au long des 19ème et 20ème siècles. Mes parents et grand-parents paternels ainsi que d'autres membres de la famille, sont enterrés au cimetière de Readington.

Un autre aspect intéressant de cette histoire est le nom donné au second fils de Jean et Marie: Pierre (Peter). Le premier fils, Jean, était né en 1695. Ce n'est que quand le troisième fils naquit, en 1699, que le nom David, le nom de celui que nous présumons être son grand-père (vers 1625-1697), fut utilisé. Le choix du nom Pierre pour le second fils fut-il une façon d'honorer Pasteur Pierre Peiret? Que peut-on dire de l'erreur curieuse faite par Pasteur Peiret au baptème de Pierre le 28 Novembre 1697, où il écrivit dans le Registre de l'église que le père était "Pierre" Latourrette et la mère Marie Mercereau? Il n'en reste pas moins que la signature de Jean indique clairement qu'il était le père de l'enfant. D'un autre côté, nous savons que le prénom Pierre avait déjà été utilisé dans la famille Latourrette en France, remontant aussi loin qu'au père de Gassiot Latourrette, né au début des années 1500. Un autre Pierre, le fils de Gassiot, fut un ministre illustre, qui servit plus de 50 ans (1601-53) comme pasteur à Castetnau. Ce dernier aurait encore été en vie quand Jean naquit vers 1651. Peut-être l'intention de Jean était-elle d'honorer les deux pasteurs quand il nomma son second fils.

L'église fondée par Peiret lutta pour survivre pendant plusieurs années, puis ferma ses portes en 1776 avec la Révolution Américaine et l'occupation de New York par les anglais. Il y eut une renaissance temporaire dans les années 1790 mais la congrégation avait peu de membres et un support financier insuffisant. En 1803 elle accepta l'autorité dénomminationnelle de Nouvelle Eglise Protestante Episcopale. Elle est maintenant connue en tant que l'Eglise Française du Saint Esprit et est située au 109 Est 60ème Rue. Les messes y sont encore célébrées en français par le Révérend Nigel Massey.

En conclusion, que peut-on dire de Jean Latourrette et de son départ d'Osse en 1685? L'analyse présentée ici retrace ses origines à une famille protestante notable d'un petit village de la Vallée d'Aspe dans le Béarn. Il était probablement le second fils de David Latourrette, qui était notaire, ancien de l'église et quelqu'un qui avait des moyens financiers. Les racines de la famille comptaient le premier pasteur protestant de la Vallée d'Aspe, en 1563, Gassiot Latourrette. Jean avait une bonne éducation pour l'époque, était célibataire et un charpentier expérimenté. Etant donné ce que l'on sait de la famille avant et après la Révocation de l'Edit de Nantes, il ne semble pas y avoir de raison pour lui de s'enfuir d'Osse. En fait, son départ d'Osse est un évènement sans explication, très rare et unique jusqu'à ce qu'on le lie au Pasteur Peiret qui fut forcé de fuir avec sa famille sous peine de galères ou, encore plus probable, de mort. Les faits et circonstances suggèrent que Jean accompagna Peiret d'abord en Hollande puis en Angleterre. Il était à Londres à la même époque que Peiret. Il semble également qu'il serait venu à New York avec Peiret, à bord du navire Robert en fin 1687.

Le travail de charpente et menuiserie de Jean fut documenté dans les années 1690, de même que la rapidité avec laquelle Peiret fit bâtir la première église de New York. Sa position de contrôle, plus tard, dans la construction d'une église Huguenote près de Richmond, sur Staten Island, suggère qu'il avait probablement joué un rôle important dans la construction de l'église de Petty-Coat Lane (Marketfield Street) en 1688. Il y aurait bien plus à dire de ses premières années en Amérique, ajoutant et corrigeant les informations réunies par Lyman Latourette et Mme Jacob. Mais il faut mentionner que Jean resta fidèle à ses racines d'Osse et qu'il accomplit avec succès sa mission d'accompagner Peiret et sa famille vers la sécurité de l'Amérique. Il y établit un nouveau pastorat, d'abord avec Peiret, puis sur Staten Island pour les plusieurs centaines de réfugiés français qui trouvèrent leur chemin vers New York avant 1700.

En explorant son histoire personnelle plus à fond, on trouvera que Jean n'était pas un comte avec un château, comme le disaient les histoires romantiques racontées par Lyman dans ses "Annales" et par Mme Jacob. Cependant, Jean venait d'une famille de notables qui avait un tître de propriété dans le petit village d'Osse. Cette propriété, toujours en place, serait mieux décrite comme une "maison forte". Mais en fait, si l'on veut attribuer à Jean un tître de "noblesse" ce serait pour ses actions "nobles" au risque de sa vie pour accompagner Peiret vers la sécurité et pour son travail de construction de temples pour les Huguenots qui avaient fui pour l'Amérique.

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Traduit de l'anglais par Frédérique Marsault Ledbetter