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Jean Latourrette: Le Depart d'Osse en 1685, Pourquoi et Comment?* par John E. La Tourette, Ph. D. President Emeritus of Northern Illinois University |
Pierre Peiret, le pasteur Protestant d'Osse, s'enfuit avec sa jeune famille à l'époque de la Révocation de l'Edit de Nantes. A peu près en même temps, Jean Latourrette part d'Osse et, deux ans plus tard, on le retrouve, ainsi que les Peirets à New York city. Autant que l'on puisse déterminer, les Peirets et lui sont les seuls à avoir quitté ce petit village du Béarn en 1685. De plus, après examen des origines de tous les réfugiés français, associés avec la French Church de New York, l'Eglise Française du Saint-Esprit, avant 1700, ils sont les seuls originaires du Béarn. Est-ce une simple coïncidence ou bien sont-ils partis et auraient-ils voyagé ensemble, pour eventuellement arriver à New York en 1687?
Les gens d'Osse savent que Jean Latourrette a quitté le village à peu près au temps de la Révocation, mais ils n'en ont pas déterminé les raisons ni les circonstances. Ses descendants en Amérique savent qu'il est venu d'Osse, mais n'ont que peu de compréhension de pourquoi et comment il est venu à New-York, où il épousa Marie Mercereau de Moeze, Saintonge dans l'église de Peiret, le 16 Juillet 1693. Par conséquent, de nombreuses fables ont été inventées pour remplir les trous dans ce que l'on sait de ses racines à Osse et où il se trouvait entre 1685 et 1693. Ceci est le sommaire d'un texte plus long sur le sujet, qui a aussi été traduit en français. Basé sur de nouvelles informations en provenance de Londres et sur un examen plus proche d'autres documents qui avaient historiquement été négligés, Jean Latourrette est vraisemblablement parti d'Osse en 1685 avec Pasteur Pierre Peiret pour lui assurer, ainsi qu'à son épouse et leurs deux enfants de moins de 5 ans, un passage à l'abri des menaces des galères ou de mort. Peiret et la communauté protestante d'Osse semblent être les derniers au Béarn à tenir bon contre les efforts d'adjuration et de conversion forcées durant l'automne 1685. En partant avec Peiret, Jean aussi risquait d'être arrêté, ou tué. Leur périple probable vers Francfort, Rotterdam et Londres a été retracé et leur séjour à Londres est appuyé par des documents qui n'étaient pas disponibles auparavant et/ou pas examinés d'assez près. Les dossiers de l'assistance de secours donné aux refugiés français en Angleterre indiquent clairement leurs efforts pour trouver un nouveau pastorat pour Peiret dans un nouveau pays. Après avoir considéré la Hollande, le Danemark et l'Angleterre, ils viennent à New York à l'automne 1687, où Peiret établit l'église Huguenote la plus prospère en Amérique en 1688. Cette année-la, Jean, connu à Osse comme charpentier, prend part à la construction et plus tard à une addition de la première église permanente de ce qui est maintenant Manhattan, pour l'usage exclusif des réfugiés français protestants. Plus tard, Jean prend part à la construction d'une église de l'autre côté du port, à Richmond, sur Staten Island, où il construit aussi, non loin de là, la première maison Latourrette en Amérique. Le texte explique aussi pourquoi, pendant 300 ans, les Huguenots Américains, érudits et descendants retraçant les racines de Jean, n'ont pas lié Pasteur Peiret et Jean Latourrette dans leur évasion d'Osse vers New York. Ceci, en dépit du fait qu'ils ont tous deux quitté Osse en 1685 et qu'on les retrouve tous deux a New York en 1687. De plus, d'après les registres de l'église de Peiret, ils sont à l'époque apparemment les deux seuls à New York originaires du Béarn et, particulièrement d'Osse. Le problème vient d'une assomption incorrecte que Peiret était de Foix, faite par Charles W. Baird en 1885 dans son livre "L'émigration des Huguenots en Amérique" (Vol.II, pp.146-7), et répétée jusqu'à nos jours par les histoires de l'Eglise Française de New York et Jon Butler, cité plus bas. Comme on le sait à Osse, et comme Alfred Cadier l'a documenté, Peiret était de Pontacq, non de Foix, et il était le pasteur d'Osse de 1677 a 1685. (Voir "Le Béarn Protestant", édition 2003, particulièrement p. 203.) Bien que basé en partie sur des faits circonstanciels, il est très probable que Jean et Peiret ont fait le voyage d'Osse à New York ensemble. Certainement, le rôle de la famille Latourrette, du premier pasteur d'Osse en 1563, Gassiot Latourrette, à David Latourrette (vers 1625-1697), notaire, ancien de l'église, abbé laïque d'Osse et père présumé de Jean, établit un lien très fort avec Peiret à Osse. Leur proche collaboration à l'église de New-York confirme ce lien. Ici, les remarques de conclusion du long texte sont résumées: Avec la perspective de près de 300 ans depuis la fondation de l'Eglise Française de New-York, Butler, dans son livre "Les Huguenots en Amérique", paru en 1983, fournit une description et une analyse détaillées du sort de l'église de Peiret. Jusqu'à sa mort en 1704, il fut la force qui mena l'église vers l'avant. Considérant les comparaisons de Butler sur les trois principaux centres de Huguenots en Amérique avant 1700, New York, Boston et la Caroline du Sud, on peut conclure qu'à cette époque l'Eglise Française de New York était la plus prospère. Butler fournit un sommaire excellent d'un pastorat très accompli, "Peiret a crée une très forte congrégation de réfugiés à New York City --- L'usage que font les Huguenots de l'Eglise Française comme centre de rites offre la preuve la plus évidente de la bonne santé de la congrégation dans les années 1690." (p. 161) Il note que Peiret performa 40 marriages entre 1690 et 1704, y compris celui de Jean Latourrette à Marie Mercereau en 1693, et pendant cette même période les baptèmes augmentèrent jusqu'à une moyenne de 23,4 par an. (p. 161) Pour un tas de raisons détaillées par Butler dans sa conclusion, dans le chapitre intitulé "Partout où ils s'enfuirent, partout ils disparurent", les Huguenots furent absorbés par une société Américaine dynamique, même avant la Révolution Américaine. Un des facteurs majeurs, mentionné par Butler, fut l'assimilation rapide des Huguenots dans le tissu de la société Américaine par les mariages exogames, qui augmentèrent rapidement après la mort de Peiret en 1704. "Les mariages exogames (mariages en dehors du group de réfugiés Français Protestants) des Huguenots se multiplièrent en dehors de l'Eglise Française après 1710" et "entre 1750 et 1759---87,1 pour cent des mariages Huguenots étaient exogames."(p. 187) L'église fondée par Peiret lutta pour survivre pendant plusieurs années, puis ferma en 1776 avec la Revolution Américaine et l'occupation de New York par les Anglais. Il y eut une renaissance temporaire dans les années 1790 mais la congrégation avait peu de membres et un support financier insuffisant. En 1803 elle accepta l'autorité dénominationnelle de Nouvelle Eglise Protestante Episcopale. Elle est maintenant connue en tant que l'Eglise Française du St-Esprit et est située au 109 Est 60 ème Rue. Les messes y sont encore célébrées en français par le Révérand Nigel Massey. En conclusion, que peut-on dire de Jean Latourrette et de son départ d'Osse en 1685? On peut retracer ses origines à une famille Protestante prominente du petit village d'Osse dans la vallée d'Aspe. Il était probablement le second fils de David Latourrette, qui était un notaire, un ancien de l'église et quelqu'un qui avait des moyens financiers. Les racines de la famille comptent le premier pasteur protestant dans la Vallée d'Aspe en 1563, Gassiot Latourrette. Jean avait une bonne éducation pour l'époque, était célibataire et un charpentier expérimenté. Etant donné ce que l'on sait de la famille avant et après la Révocation de l'Edit de Nantes, il ne semble pas y avoir de raison pour lui de s'enfuir d'Osse. En fait, son départ d'Osse est un évènement sans explication, très rare et unique jusqu'à ce qu'on le lie au Pasteur Peiret qui fut forcé de fuir avec sa famille sous peine de galères ou, encore plus probable, de mort. Les faits et circonstances suggèrent qu'il a accompagné Peiret d'abord en Hollande puis en Angleterre. Il est à Londres à la même époque que Peiret. Il semble aussi qu'il serait venu à New York avec Peiret, à bord du navire Robert en fin 1687. Le travail de charpenterie de Jean sur l'église est documenté dans les annees 1690, aussi bien que la rapidité avec laquelle Peiret construit la première église de New York. Sa direction plus tard de la construction d'une église Huguenote près de Richmond sur Staten Island, suggère qu'il a joué un rôle significatif dans la construction de l'Eglise de Petty-Coat-Lane (Marketfield Street) en 1688. Il y a encore beaucoup plus à dire de ses premières années en Amérique, ajoutant et portant correction aux informations réunies par Lyman Latourette et Mme Jacob. Mais on peut dire que Jean est resté fidèle à ses racines d'Osse et a accompli sa mission d'accompagner Peiret et sa famille vers la sécurité de l'Amérique, et d'établir un nouveau pastorat, d'abord avec Peiret, puis sur Staten Island pour les plusieurs centaines de réfugiés Français qui trouvèrent leur chemin vers New York avant 1700. En explorant son histoire personnelle plus à fond, on trouvera que Jean n'était pas un comte avec un château, comme le disent les histoires romantiques citées dans les "Annales des Latourette en Amérique" de Lyman (1954) et les "Compilations" de Mme Jacob (1965). Cependant, Jean venait d'une famille prominente qui avait un tître de propriété dans le petit village d'Osse. Cette propriété, toujours en place, serait mieux décrite comme une "maison forte". Mais, en fait, si l'on veut lui attribuer le terme de "noblesse" ce serait pour ses actions "nobles" au risque de sa vie pour accompagner Peiret vers la sécurité; et son travail de construction de temples pour les Huguenots qui avaient fui pour l'Amérique. En conclusion, on peut dire que les contributions que Jean Latourrette et Pasteur Peiret ont faites à la vie des réfugiés français à New York, reflète bien la force morale qu'ils avaient apportée avec eux de leur petit village d'Osse, dans la Vallée d'Aspe. * La lignée Latourrette de l'auteur remonte à Pierre, le second fils de Jean Latourrette et Marie Mercereau, né le 22 Novembre 1697 et baptisé par Pierre Peiret le 28 Novembre 1697, à l'Eglise Française de New York. Etant donné le thème de ce texte, et sachant que le premier fils fut nommé Jean, après son père, on peut penser que le choix du nom Pierre pour le deuxième fils représente le lien très fort décrit ici avec Pasteur Peiret.Pour l'auteur, la compréhension du village d'Osse et de l'histoire ancienne de sa famille, fut aidée en grande partie par deux "cousins éloignés", Jean-Luc Bilhou-Nabera de Paris et Osse et de Frère Victor-Antoine d'Avila Latourrette de Millbook, New York. Copyright 2005 ALL RIGHTS RESERVED NE PEUT ETRE CITE NI COPIE SANS LA PERMISSION DE L'AUTEUR. Traduit de l'anglais par Frédérique Marsault Ledbetter |